Le Monde comme il va

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Tag - Conditions de travail

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Rana Plaza, un an après

Chronique octobre 2014 (Patsy et Fabrice)

Au milieu du 19e siècle, afin de préserver les bonnes mœurs et la moralité publique, quelques patrons très pieux eurent l'idée de créer des usines-couvents. Une usine-couvent était un lieu clos, dépourvu de recoins sombres, et géré de façon toute militaire afin d'éviter que la main d'oeuvre féminine n'ait à subir les assauts des mâles, de bon gré parfois ou de mauvais gré souvent, car certains profitaient de leur statut pour s'arroger un droit de cuissage. D'autres patrons créèrent des usines-internats destinées aux jeunes filles dont les parents désiraient qu'on préserve la vertu. Entre l'atelier, le dortoir collectif et la salle de prière, leur hymen était à coup sûr bien gardé ! Le contrôle social au service de la productivité : on n'a rien trouvé de mieux !

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Du gueux à moudre

Chronique (septembre 2014)

Avec un taux de chômage supérieur à 10 %, une croissance en berne et un moral dans les chaussettes, la patrie des droits de l'Homme et du citoyen va mal, très mal. Les recettes des politiciens ne fonctionnent pas. Normal, les politiciens ne se mettent point les mains dans le cambouis. Ils pérorent, échafaudent des plans, ménagent la chèvre et le chou alors qu'il leur faudrait, au contraire, prendre des décisions fortes, radicales. En revanche, les patrons, ces conquérants du monde moderne, ces aigles que l'on prend trop souvent pour des pigeons, savent ce qui leur faut pour remettre de la croissance dans l'atonie, du bonheur sur les visages et de la sueur sur les fronts. Car c'est dans l'effort que la Nation trouve un supplément d'âme. C'est dans l'effort qu'elle se forgera un destin à la hauteur de son passé. Oui, je sais, j'en fais trop, mais j'essaie de mettre du Malraux dans le Gattaz afin de captiver votre attention.

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Mon combat pour les ouvriers chinois

Han Dongfang
Mon combat pour les ouvriers chinois
Michel Lafon, 2014

Curieux personnage que ce Han Dongfang, fils de paysans de la Chine intérieure (Shanxi), élève fort moyen, chassé de l'armée pour avoir pris au sérieux l'égalitarisme maoïste, devenu cheminot puis l'une des figures de la révolte de la place Tiananmen en juin 1989 quand il mît sur pied l'éphémère Fédération autonome des travailleurs de Pékin. Rien ne le prédisposait à incarner l'une des facettes de la dissidence chinoise (la prolétarienne !), sinon un caractère bien trempé et une volonté farouche de se faire entendre et respecter. Cela lui faudra deux ans de détention, un exil forcé aux Etats-Unis puis à Hong-Kong et surtout l'interdiction formelle de remettre les pieds dans son pays natal.

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Au Sud, les jeunes perdent le Nord

Il y a la Corée du Nord, sa dictature sanglante, ses défilés au cordeau, ses disettes régulières et ses accès de fureur. Et puis il y a le sud, la vitrine de l'Occident, l'exemple chéri, celui que l'on montrait dans les écoles pour prouver, mais oui mais c'est bien sûr, qu'il était possible de sortir du sous-développement. Au communisme de caserne, on opposait le capitalisme autoritaire et on nous sommait de choisir. Et les libéraux chérissait le Sud même si la transformation de ce pays rural en dragon industriel en deux ou trois décennies devait davantage au dirigisme musclé qu'au libéralisme du laissez-faire.

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L'amour est dans le prêt : Bangladesh

Le problème avec les pauvres qui travaillent ne tient pas seulement au fait qu'ils se plaignent toujours, mais également au fait qu'ils ne comprennent rien à l'économie.
Prenez le Bangladesh. C'est quoi le Bangladesh : un pays de misère plein de pauvres qui s'entassent dans des bidonvilles crasseux ; un pays de 150 millions de crève-la-faim avec une densité effarante de 1000 personnes au km2 ; un pays qui prend l'eau à chaque mousson, à chaque cyclone ; un pays où si l'on n'est pas un paysan pauvre qui gratte une terre ingrate, on est un prolétaire qui gagne son pain dans l'une des 4500 entreprises textile du pays.

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L'amour est dans le prêt : zero hour contract

Le problème avec les salariés, c'est que parfois on les paie à ne rien faire, autrement dit on les paie à ne rien rapporter.
Le vieux Taylor, Frederick de son prénom, expert en rationalisation du travail humain, n'avait pas de mots assez durs pour blâmer cette fichue flânerie ouvrière pendant laquelle, ni vu ni connu j't'embrouille, le prolétaire exploitait son patron, autrement dit se faisait payer à ne rien faire !

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CPAM de l'Hérault : show must go on

Chronique n°18 (mars 2012)

Il y a une semaine, dans les locaux de la Caisse primaire d'assurance maladie de Béziers, un homme s'est donné la mort. Il s'est pendu. Il avait la cinquantaine, s'appelait Thierry Hainaut et occupait la fonction de chargé de mission auprès du directeur départemental de la maison Sécu de l'Hérault.

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Salut à toi, Jean-Luc

Chronique n°1 (6 octobre 2011)

Le 30 septembre dernier au cimetière parc de Nantes, on a incinéré un homme. Il s’appelait Jean-Luc, il était docker, syndiqué à la CGT, comme il se doit. C’est rugueux un docker, c’est costaud, c’est dur au mal. Mais le cancer, il s’en fout.
Jean-Luc est mort. Il allait sur ses 56 ans. Depuis quatre ans il se battait comme tant d’autres contre cette foutue maladie qui débarque sans crier gare, vous ronge, vous mine la santé comme le moral. Mais il était fort Jean-Luc, solide, combatif. Même si le cancer, il s’en fout.

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Quelques réflexions sur le travail (première partie)

''En août dernier, on m'a demandé d'intervenir sur la question de l'évolution du travail dans le cadre d'une grande fête aussi rurale que populaire en Loire-Atlantique, initiée par des militants paysans investis dans la solidarité internationale avec le Nicaragua depuis plus de 20 ans. La "commande " étant ambitieuse et dépassant largement mes compétences, j'ai fait le choix d'aborder cette question en privilégiant quelques axes de réflexion : la maîtrise du temps et des savoir-faire, la disciplinarisation de la classe ouvrière et le rapport individu/classe. Je me suis efforcé d'être le plus clair et synthétique possible, et d'éviter tout jargon (l'important étant d'être compris d'un public très divers, et non d'étaler sa science et de flatter son ego).
Bonne lecture !''
PS : les "habitués" de ce blog constateront certainement que certains "chapitres" sont issus de textes que j'avais écrits pour Le Monde comme il va, textes accessibles sur ce blog. En vous y reportant, vous pourrez y glaner quelques références bibliographiques.


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Quelques réflexions sur le travail (deuxième partie)

Le taylorisme contre la flânerie ouvrière
Une fois le travailleur fixé dans une entreprise et mutilé de ses savoir-faire, il faut obtenir de lui le rendement maximum. Taylor fut l’un des premiers à penser scientifiquement le travail industriel. Il est né en 1856 en Pennsylvanie dans une famille puritaine qui exalte le labeur, la discipline et l’effort. C’est un élève doué, un sportif de bon niveau et un bricoleur de génie. Ne pouvant intégrer la prestigieuse université de Harvard, il travaille en usine, suit des cours du soir et devient avant ses 30 ans ingénieur en chef. De sa première expérience professionnelle (Midvale Steel Compagny), il garde une haine farouche contre ce qu’il considère comme la déviation majeure des travailleurs : le goût de la flânerie, tout ce temps qui ne sert pas à la production, tout ce temps réapproprié par l’ouvrier pour se reposer, causer et faire autre chose que ce pour quoi il est faiblement payé. Or le temps, c’est de l’argent. En 1890, il est embauché par la Bethlehem Steel Compagny, une entreprise sidérurgique qui cherche à rationaliser sa production, c’est-à-dire à maximiser ses profits. Trois ans plus tard, Taylor décide de consacrer toute son énergie à développer ses théories sur l’organisation du travail industriel. Les livres s’enchaînent, tout comme les conférences à travers le monde. Le « système Taylor » est né. On peut le résumer en quelques mots : division du travail en tâches simples et répétitives, individuellement optimisées, et paiement des employés selon leur rendement. Les patrons l’encensent, les syndicats conspuent cette organisation scientifique du travail qui transforme l’ouvrier en robot dénué de raison et d’initiative. Ce à quoi Taylor répondait que les ouvriers n’étaient pas à l’usine pour penser puisque d’autres étaient payés pour ça.

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Cou-coach panier !

Chronique n°22 (mai 2011)

En ces temps fort néolibéraux, nous sommes priés de considérer nos bras, nos jambes, notre corps, nos savoir-faire et notre intellect comme un capital à faire fructifier sur le marché de l'exploitation salariale. Il nous faut être réactif, compétitif, conquérant, polyvalent et souple de l'échine, car la courbe ascendante de son salaire a souvent un lien avec la courbe descendante exigée par le salut servile. Il nous faut consolider nos compétences, en acquérir de nouvelles, réaliser pleinement le potentiel qui est en nous, et oeuvrer évidemment à ce que nos performances ne passent pas inaperçues auprès de nos supérieurs et de nos inférieurs (oups, pardon ! Je voulais dire collaborateurs). Car il est un peu stupide de donner la pa-patte si l'on a pas l'espoir d'en retirer en retour un modeste su-sucre.

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Forced ranking : la solution !

Chronique n°16 (mars 2011)

Nicolas Sarkozy aime les fonctionnaires. Cessez de rire, je vous prie, l'affaire est sérieuse. En mars 2010, à l'occasion d'une table ronde, il a déclaré : « On ne respecte pas assez votre compétence, on ignore les difficultés qui sont les vôtres. Soyez fiers d'être fonctionnaires. » Les mauvaises langues rappelleront que cette table ronde s'est déroulée dans l'Aisne, plus précisément à Laon, ville qui ne se dit pas comme elle s'écrit, et qu'il faut y voir certainement un message subliminal. Car, voyez-vous, le fonctionnaire est aussi lent que la bureaucratie est lourde, et les deux suscitent la haine et le ressentiment. D'autres mauvaises langues disserteront sur ce « on » indéfini : s'agit-il d'un exemplaire du vulgus pecum accoudé au zinc et dissertant sur le devenir du monde, d'un monde divisé en fainéants/profiteurs/étrangers d'un côté et travailleurs honnêtes et français de l'autre ? Mais si « on » est un con, comme le rappelle le bon sens populaire, Nicolas Sarkozy parlait-il tout simplement de lui ?

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Luttes des classes dans la Chine des réformes (1978-2009)

Emission n°9 (novembre 2009)

Bruno Astarian
Luttes des classes dans la Chine des réformes (1978-2009), Acratie, 2009, 176p.

La Chine fascine, inquiète, dérange, interroge depuis qu'elle s'est « réveillée » et qu'elle inonde de ses produits bas-de-gamme les marchés du monde entier. Elle fascine, inquiète, dérange et interroge d'autant plus que ce développement capitaliste accéléré se fait toujours sous la bannière du « communisme », avec parti unique, grand'messes qui fleurent bon le culte de la personnalité et répression de ceux qui osent trop relever la tête. Le livre de Bruno Astarian, Luttes des classes dans la Chine des réformes (1978-2009), court et éclairant, est un outil précieux pour mieux comprendre ce qui se passe dans l'Empire du milieu.

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Le monde du travail aux Etats-Unis

Emission n°7 (novembre 2009)

Marianne Debouzy, Le monde du travail aux Etats-Unis : les temps difficiles (1980-2005), L'Harmattan, 2009.

Si vous faites appel à votre mémoire, vous vous souviendrez peut-être qu'en 1981, Ronald Reagan dissolvait le syndicat des aiguilleurs du ciel, provoquant le licenciement de plus de 11000 contrôleurs aériens alors en grève. Reagan inaugurait de la façon la plus brutale qui soit son premier mandat à la tête des Etats-Unis d'Amérique.

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Australie : le droit du travail, sauce social-démocrate

Emission n°7 (novembre 2009)

Il y a maintenant deux ans, au printemps 2007, j'avais consacré une émission du Monde comme il va à la réforme en 2005 du droit du travail australien (WorkChoices) menée tambour battant par le gouvernement libéral-conservateur de John Howard. Une réforme tellement dure qu'elle avait fait dire à la Confédération internationale des syndicats libres que le « gouvernement (australien) sembl(ait) vouloir ramener les relations industrielles à l’âge de la loi de la jungle qui régnait il y a un siècle ou même avant. »

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Tuer son patron...

Emission n°6 (novembre 2009)

En janvier 1886, du côté de Decazeville, un homme est mort. Son nom : Jules Watrin. Jules Watrin était un honnête homme qui avait le souci du bien commun. En d'autres termes, dans cette France de la Troisième République, Jules Watrin, ingénieur de son état et sous-directeur des mines de Poleyrets, avait décidé de garantir le taux de profit des actionnaires en plongeant un peu plus dans la misère les mineurs aveyronnais. Le système était parfait : on leur impose une baisse de salaire de 30% à 50% d'un côté ; on les assomme d'amendes de l'autre ; et, cerise sur le pain noir, on les oblige à se fournir en pain et viande auprès de l'économat de l'entreprise ce qui, il va sans dire, est une façon commode de reprendre d'une main ce que l'on a donné de l'autre. Watrin obéissait aux ordres avec le zèle et l'arrogance d'un galonné qui sait où est son intérêt.

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Le problème, c'est le pauvre

Emission n°4 (octobre 2009)

Au 19e siècle, avec la révolution industrielle, la bourgeoisie fut confrontée à un fichu problème : comment faire pour sédentariser ce prolétariat tout neuf et si volatile ? Car voyez-vous, il fut un temps où le gueux avait tendance à disparaître des fabriques : il travaillait un temps puis ramassait son pécule et s’en retournait s’occuper de sa terre ; rétif à l’ordre usinier, il quittait sans crier gare son employeur la saison venue.

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Le travail, c'est la santé...

Emission n°2, 8 octobre 2009

Etre réactif, créatif, participatif, oser, entreprendre, se remettre en cause, travailler seul, travailler en réseau, zéro stock et zéro défaut, travailler sous tension, être toujours joignable, rationalisation, faire deux choses en même sens, faire trois choses en même temps, gérer son temps, stimulation, émulation, flux tendu, être franc, productivité, être direct, s'investir personnellement, faire siennes les valeurs de l'entreprise, profil comportemental individuel, se penser comme entrepreneur autonome, être mobile, saisir les opportunités, travailler son employabilité, reconnaître ses fautes, mettre en valeur ses savoir-faire, mettre en avant son savoir-être, individualisation, gratification, individuation, méritocratie, atomisation, se passer d'amis, se passer de collègues, se passer de confrères, se penser en concurrent, la vie est concurrence, société du risque, harcèlement, motivation, se taire, faire le dos rond, attendre, prendre sur soi, mur du silence, ne penser qu'à soi, incompréhension, s'isoler, placardisation, se faire violence, sombrer, ne vivre enfin que par la mort que l'on se donne...

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