Le Monde comme il va

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lundi, novembre 11 2019

Amianto. Une histoire ouvrière

Alberto Prunetti
Amianto. Une histoire ouvrière
Agone, 2019

Je pourrais résumer ce livre en une poignée de mots en forme d'épitaphe : « Renato Prunetti (1945-2004). Ouvrier, il en est mort. »
Alberto Prunetti a pris la plume pour parler de son père, pour écrire « l'histoire ouvrière d'un type quelconque » étouffé par la machine. Renato n'était pas un de ces prolétaires happés par les grandes concentrations industrielles de Turin et d'ailleurs, ouvrier-masse soumis au chronométreur et à la froide discipline usinière. Renato était un ouvrier qualifié, soudeur-tuyauteur, fier de son savoir-faire et tout aussi fier que son fils échappe, par les études, à un avenir qui semblait tout tracé : étudier pour ne pas avoir à travailler plus tard…

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Renato le Livournais, un peu bagarreur, un peu fort-en-gueule, fan de football (qui ne l'était pas dans l'Italie ouvrière ?), syndicaliste de base, anticlérical affirmé, était un trimardeur, un ouvrier détaché. La moitié de son temps de travail, il le passait loin de chez lui, sur tous les chantiers qui requerraient ses compétences. Travail dur, salissant et qui peut tuer. A petit feu. Car Renato en a bouffé de ces poussières et particules. Il a bouffé de l'amiante, sans savoir que cette fibre, ce « serial killer » qu'il avait croisé à Casale Monferrato, Piombino et ailleurs, emprisonnait lentement mais sûrement ses poumons. Il savait que le labeur ouvrier s'en prendrait à son ouïe, ses yeux, son dos ; il ne se doutait pas qu'une tumeur le frapperait à 57 ans, après quatre ans de retraite. Renato n'était pas naïf, il avait eu en mains des tracts syndicaux et en fin de carrière, lui, le militant, s'était mobilisé pour épargner aux jeunes ouvriers d'être exposés comme il le fut aux substances chimiques, toxiques.
En 2004, Renato s'éteint, comme tant d'autres, victime de l'amiante, après deux années de souffrances. Pour la famille vient le temps du deuil puis celui du combat pour faire reconnaître le caractère professionnel de la maladie l'ayant frappé ; combat qui rend le deuil impossible. Pot de terre contre pot de fer. Contre les médecins et le patronat, murailles froides, incontournables. Puis vient le procès en septembre 2011. Epreuve surprenante et stupéfiante : six secondes pour s'entendre dire que l'affaire a été réglée en amont, que la famille recevra une indemnisation pour solde de tout compte. Six secondes et au suivant ! Six secondes pour un « type quelconque » qui a mené « une vie à risque, pleine d'ennui » et qui en est mort, dans l'indifférence générale. Toute la violence du système capitaliste tient en ces six secondes.

dimanche, novembre 10 2019

Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme

Marcos Ancelovici, Pierre Mouterde, Stéphane Chalifour, Judith Trudeau
Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme
Ecosociété, 2019.

Pour aborder ce livre et en discuter l'intérêt, je suggère de commencer la lecture à la page 159 par ces quelques mots de Pierre Mouterde, militant socialiste québecois. En une page, il nous dit trois choses : « On vit dans un monde où, comme jamais, on a besoin de révolutions » ; « La nécessité que nous avons de devoir collectivement agir vite » ; « On n'a jamais été aussi loin de la possibilité effective de mener aujourd'hui une véritable révolution. » Amer constat.
Pierre Mouterde le socialiste et Marcos Ancelovici le libertaire : deux militants de générations différentes (le premier a fait 68, le second est né en 1971) à qui les Nouveaux cahiers du socialisme de Chalifour et Trudeau ont proposé de dialoguer. Dialoguer pour voir si l'on peut concilier l'inconciliable et réconcilier ce que l'Histoire a déchiré tant de fois.
L'ambition n'est pas nouvelle. A la fin du 19e siècle, Merlino entra dans une vive polémique avec Malatesta à propos de l'abstentionnisme. Dans les années 1920, synthésistes et plateformistes s'affrontèrent violemment sur les questions organisationnelles. Dans les années 1960, Daniel Guérin se mit en tête de faire la synthèse entre le marxisme révolutionnaire et l'anarchisme social. Plus récemment, Besancenot et Lowy ont évoqué les « affinités électives » entre les deux courants1. J'aurais pu y ajouter les violentes polémiques qui secouèrent le « marxisme » tout au long du 20e siècle, et évoquer aussi bien Georges Sorel qu'Antonio Gramsci, Pannekoek que Poulantzas, Castoriadis, les conseillistes que les situationnistes qui tous, à leur façon et dans la dissonance, questionnèrent le rôle et la forme du parti, la rupture révolutionnaire ou encore le crétinisme parlementaire.
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Le dialogue est courtois car les deux militants sont désireux de faire « cause commune », de trouver les chemins d'une convergence qui ne soit pas tactique et instrumentale. Il l'est d'autant plus que « nous sommes hantés par les solutions politiques du passé » (Mouterde) alors que le monde a été profondément bouleversé depuis une poignée de décennies, autrement dit depuis les mouvements sociaux révolutionnaires/transgressifs des années 1960-1970. Tout le monde en est donc au même point et se pose les mêmes questions : l'ouvrier (celui des grandes concentrations industrielles) demeure-t-il le sujet révolutionnaire par excellence alors que la fragmentation du salariat a liquidé son homogénéité (d'ailleurs plus fantasmée que réelle) ? Les pratiques assembléistes sont-elles de nature à régler la question des relations de domination au sein des mouvements de masse ? Comment intégrer les problématiques intersectionnelles/identitaires sans satelliser la question des classes sociales ? Face à l'individualisme, peut-on se référer au « peuple » et à la nation2 ? Quid de la violence ou de la contre-violence populaire ?
Des questions donc, des réponses et des interrogations, et surtout un sentiment relevé par Chalifour et Trudeau : « Personne aujourd'hui ne prétend détenir la ligne juste ». Sentiment qui pourrait laisser penser que nous serions entrés dans un « nouvelle ère de la gauche, une gauche à la fois plus ouverte, mais aussi moins assurée », une gauche à la fois utopique et réaliste qui, pour le dire avec ces mots de 1922 de l'anarchiste italien Camillo Berneri, grefferait « des vérités nouvelles sur le tronc de ses vérités fondamentales, tout en sachant tailler ses vieilles branches. »3 Y'a plus qu'à...

Notes
1. Pour une critique non de la démarche mais de son contenu, lire René Berthier, Affinités non électives. Pour un dialogue sans langue de bois entre marxistes et anarchistes, Editions du Monde libertaire, 2015.
2. La question nationale fut centrale et demeure importante au Québec.
3. Camillo Berneri, Oeuvres choisies, Editions du Monde libertaire, 1988, p. 67-71. Berneri évoquait ici le mouvement anarchiste dont il critiquait l'immaturité, s'en prenant à la « mentalité mesquine et paresseuse de beaucoup de camarades qui trouvent plus commode de ruminer l'enseignement des maîtres que de s'engager dans les problèmes vastes et compliqués de la question sociale telle qu'elle apparaît aujourd'hui. »

samedi, novembre 9 2019

Les intellectuels français et la guerre d'Espagne

Pierre-Frédéric Charpentier
Les intellectuels français et la guerre d'Espagne. Une guerre civile par procuration (1936-1939)
Editions du Félin, 2019, 696 p.

Il est des coquilles plus éclairantes que d'autres : « La bataille fait rage dans tous les lecteurs » nous dit ainsi Le Mercure de France du 15 décembre 1937 ; coquille relevée par l'auteur pour qui elle illustre à quel point la guerre d'Espagne a passionné et tourmenté les esprits de ce côté-ci des Pyrénées. Je ne suivrai cependant pas Geneviève Tabouis affirmant en 1942 « qu'autour de la question d'Espagne, il se créa, dans notre pays, pour la première fois une division profonde entre Français. Une sorte de véritable guerre civile sourde et sournoise plana alors sur la vie de la nation. » ; c'est oublier à quel point l'affaire Dreyfus vît s'affronter, violemment, deux France et deux intelligentsia. Mais il était sans doute difficile d'évoquer le Capitaine dans la France du Maréchal…
La bataille fit rage, oui, et chacun fut sommé de prendre parti. S'appuyant sur une solide bibliographie, Pierre-Frédéric Charpentier nous met dans les pas de ces intellectuels, journalistes, pamphlétaires, artistes qui, depuis Paris ou la Péninsule, défendent leur Espagne : la républicaine, rouge et noire, indocile, généreuse et utopique ; la cléricale, austère où chacun reste à sa place, condition sine qua non pour éviter que la sauvagerie ne l'emporte.
Ils ont pour noms André Malraux, Paul Nizan, Simone Weil, Benjamin Péret, Georges Soria, Robert Louzon ou encore Pierre Brossolette. Ils sont marxistes de toutes écoles, anarchistes, syndicalistes révolutionnaires. Ils s'appellent Lucien Rebatet, Georges Oudard, Paul Claudel, Charles Maurras ou encore Bertrand de Jouvenel. Monarchistes, anti-communistes, catholiques, antisémites, tout le spectre de la droite fait corps pour conspuer l'Espagne rouge. Certains ont agi par la plume, d'autres par les armes, d'autres encore firent les deux et parfois y perdirent la vie au nom d'une Espagne dans laquelle ils investissaient leurs espérances politiques.
Deux camps et deux visions inconciliables. Les Golpistes ? Ils ne sont que l'expression armée d'une Espagne refusant la dictature des rouges, car c'est l'avenir de la Civilisation chrétienne qui se joue à Barcelone et Madrid. Les Franquistes ? Des factieux, défenseurs d'une Espagne réactionnaire, alliance du sabre et du goupillon, liquidant au besoin gueux des champs et prolétaires indociles. Chacun défend son camp sans céder un pouce de terrain à l'adversaire.
A droite et à l'extrême droite, on oppose le pays « réel » au pays « légal », ce « Frente crapular » soutenu par les brigands et les brutes. Pour preuves, ces incendies d'églises, ces meurtres de curés et de nonnes, ces squelettes que l'on expose. Terreur rouge, donc. Mais que penser de Guernica ou de ces deux mille prisonniers républicains liquidés un 15 août à Badajoz ? Cette « terreur blanche », le pieux Mauriac, Bernanos, Maritain la refusent, et François Veuillot (La Croix) s'indigne : « Ce n'est pas ainsi que l'on fait triompher la religion ». Rares dissidences à droite, mais tout aussi rares furent celles qui, à gauche, condamnèrent les exactions commises par le camp républicain à Valence, Barcelone ou ailleurs…

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Déchirement à droite, fractures à gauche. La première, immédiate : peut-on sans réagir laisser la république espagnole succomber sous les coups des séditieux ? Très vite, Léon Blum tranche : pour sauver la paix, il faut sacrifier l'Espagne ; la non-intervention fracture la gauche. Autre motif puissant de dissensus : l'implication du Komintern (via les Brigades internationales ou la vente d'armes) dans le conflit. Certains applaudissent le soutien soviétique quand d'autres fustigent le poids des « moscoutaires » dans le gouvernement et leur politique de neutralisation des anarcho-syndicalistes et des « trotskystes » du POUM. Conflit idéologique qui prend un tour militaire et tragique en mai 1937 dans les rues de Barcelone. Soulignons que les collectivisations agraires, la reprise en mains des usines ne semblent guère avoir motivé les intellectuels car l'auteur n'en parle pas ou fort peu ; il faut y voir sans doute le faible poids des libertaires sur la scène médiatique…

Maurras peut aller parader en Espagne. La république, cette gueuse sous contrôle bolchevik, est en sursis. Madrid se soumet, l'avancée franquiste pousse des centaines de milliers de personnes à fuir et tenter de franchir les Pyrénées. La gauche plaide pour que la France accueille les vaincus, la droite triomphante exige que l'on fasse le tri afin de se préserver de la canaille.
Car la droite a gagné cette « guerre civile par procuration ». Mais ce fut, nous dit l'auteur en conclusion de cette imposante synthèse, une victoire sans lendemain car la mémoire collective n'a retenu de ces trois ans de sang et de larmes que les œuvres d'un Malraux, Hemingway, Orwell ou Picasso… au point de laisser penser que la France d'alors fut unanime à défendre la liberté.

Note de lecture publiée dans le n°1087-1088 (11/2019, Spécial Joseph Roth et Adalbert Stifter) de la revue littéraire mensuelle Europe.

mercredi, février 6 2019

Donald Trump et la déconstruction de l'Amérique

Donald Trump et la déconstruction de l'Amérique
Gilles Vandal
Athéna Editions, 2018

A ma gauche, Gilles Vandal, professeur émérite à l'Ecole de politique appliquée de l'Université francophone et québecoise de Sherbrooke. A ma droite, Donald Trump, milliardaire mégalomane, rusé, vulgaire, tyrannique, caractériel, sexiste, raciste et bien d'autres choses encore. Au milieu, les lecteurs de La Tribune de Sherbrooke, quotidien francophone intimement lié au Parti libéral de Justin Trudeau, pour lesquels le premier, Gilles Vandal, a entrepris d'expliquer de quoi le second, Trump, était le nom. Cela prît la forme de dizaines de courtes chroniques couvrant la campagne électorale et les deux premières années de règne de l'imprévisible businessman reconverti dans… une autre forme de business.
Une campagne qui a vu, aux yeux de l'auteur, l'impensable (comment diable les Américains pourraient-ils confier leur sort à un démagogue intellectuellement indigent ?) devenir, dans des conditions douteuses1, réalité. Certes, ce n'est pas la première fois que le parti républicain confie son sort à des politiciens incompétents : le dernier demi-siècle nous a offert Ronald Reagan2 et, of course, Georges Bush Junior, dont la seule qualité était d'être le fils de son père. Mais Reagan et Bush n'étaient que des têtes de gondole destinées à captiver la foule, derrière eux se trouvait un appareil cohérent, capable de tenir la Maison blanche. Rien de tel avec Donald Trump puisqu'il a conquis le parti en fédérant la base contre une large partie de l'establishment républicain, aujourd'hui désorienté, pris en otage par son aile la plus radicale. Donald Trump, l'outsider, s'est appuyé sur la frange la plus droitière du Parti républicain pour s'imposer comme le candidat de la revanche, emmenant avec lui le puritain Mike Pence : quel improbable duo !
Pour Gilles Vandal, c'est à une revanche que l'on a assisté avec la victoire de Trump : celle de l'Amérique blanche, réactionnaire (et pas majoritairement ouvrière3) sur tout ce qu'a pu incarner Barack Obama, le temps de son règne. Pour preuve, la volonté obsessionnelle du nouveau locataire de la Maison blanche d'en finir avec l'Obamacare, alors même qu'une frange non négligeable de son électorat ainsi qu'une partie des élus républicains ne veulent pas entendre parler ; s'il n'est pas parvenu à ses fins, il a réussi cependant à rendre l'accès à l'assurance médicale facultatif...

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En une dizaine de chapitres, Gilles Vandal nous met donc dans les pas de cet homme brutal, imprévisible, amoral, menteur invétéré, auto-centré. Un homme qui a un but : faire le ménage et déconstruire, non pas seulement l'héritage Obama mais ce sur quoi s'est reposée la puissante Amérique durant des décennies : une certaine idée de son rôle dans le monde. Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, Trump bouscule tout, tonitrue, menace, tweete et re-tweete et ce faisant désarçonne jusqu'à son camp, voire même surtout son camp. Trump n'a pas d'amis, mais des adversaires qu'il faut châtier et des partenaires qu'il faut mettre au pas. Cela se vérifie régulièrement dans sa politique étrangère où il insulte les uns et les autres, du dictateur nord-coréen jusqu'à ses alliés au sein de l'OTAN, en passant par l'Iran, évidemment, ou encore le Canada, son partenaire au sein de l'ALENA. Il n'écoute rien ni personne, ne supporte pas les critiques, congédie les sceptiques et ne s'entoure que d'incompétents et de proches. La politique n'est pour lui qu'un rapport de force brutal, où l'on passe des deals, comme dans le monde des affaires. Gilles Vandal, libéral et centriste, ne peut que déplorer que les us et coutumes policés de la diplomatie internationale aient été jetés aux orties, ternissant comme jamais l'image de l'Amérique aux yeux du monde. Il regrette également que les relations entre républicains et démocrates, rudes certes, mais non dépourvues de respect mutuel (entre gens du même monde…) aient été malmenées par un braillard ne respectant rien ni personne. D'une certaine façon, il pleure un monde (dont il ne fait malheureusement aucune critique) en train de disparaître.
Trump demeure ainsi un OVNI, un objet vociférant non encore (totalement) identifié. N'est-il qu'un de ces populistes illibéraux qui fleurissent ça et là ? Un crypto-fasciste ? Une parenthèse désolante destinée à se clore bien vite (comme les mid-terms peuvent le laisser penser) grâce à la montée des mouvements sociaux, ou la première marche vers la fascisation de la première puissance mondiale ? Car entre deux saillies et deux tweets, Trump place ses hommes à des postes-clés...

Notes :
1. Certains accusent les services secrets russes de s'être ingérés dans l'élection présidentielle américaine pour « salir » la réputation d'Hillary Clinton. Parallèlement, d'autres pensent que Trump redoute que la justice s'intéresse de près à ses pratiques de businessman en Russie...
2. Reagan était davantage réputé pour ses envolées anti-soviétiques que pour sa maîtrise des dossiers...
3. Il rappelle opportunément que la clientèle électorale de Trump se compose des classes moyennes les mieux nantis.

jeudi, novembre 2 2017

Le Mexicain (Jack London)

Jack London, Le Mexicain, Libertalia, 2017.

Lorsque Jack London écrit ce texte en 1911, le Mexique est en pleine ébullition politique et sociale : le pouvoir autoritaire de Porfirio Diaz vacille sous les coups que lui portent aussi bien les secteurs démocrates et libéraux que les zapatistes, villistes et autres magonistes. De l’autre côté de la frontière également, le climat social est tendu entre le patronat américain et ses hommes de main qui font face à un syndicalisme de plus en plus radicalisé et offensif, qu’incarnent les IWW.

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jeudi, septembre 21 2017

Pirates de tous les pays

Marcus Rediker, Pirates de tous les pays, Libertalia, 2017

Monstres marins, chiens de l'enfer, loups des mers « bestiaux et carnivores »… le grand public ne sait-il pas tout ce qu'il doit savoir sur ces gibiers de potence, buveurs impénitents, braillards et violents, sans Dieu ni autres maîtres que Satan lui-même, la cupidité et le vice ? Non, et il faut remercier l'historien Marcus Rediker de lever le voile sur le monde singulier des pirates du 18e siècle en jetant par dessus bord les images d'Epinal auxquelles ils furent rattachées. Combien furent-ils à rompre ainsi les amarres avec le vieux monde et ses codes pour se faire pirates ? Quelques milliers, guère plus, sillonnant la mer des Antilles ou l'Océan indien sur des sloops, ces bateaux rapides et faciles à manoeuvrer. Le premier quart du 18e siècle fut leur âge d'or et leur chant du cygne.

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mardi, septembre 5 2017

En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans

Omero Marongiu-Perria
En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans
Editions de l’Atelier, 2016.

Voici un exemple parfait de livre utile puisqu'il permet au béotien d’appréhender l’islam dans toute sa diversité idéologico-théologique. Cependant je doute qu’il soit de nature à combattre le racisme anti-Arabes/antimusulmans et l’islamophobie actuelle, qui se répandent comme une lèpre depuis quelques années ; islamophobie qui tend à réduire le musulman à la figure évidemment haïssable de l’Arabe djihadiste et à soupçonner tout Arabe, pieux ou pas, d'être un adepte de la taqiya, cet art de la dissimulation en terre hostile.

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vendredi, avril 21 2017

Une escroquerie légalisée

Alain Deneault, Une escroquerie légalisée – Précis sur les « paradis fiscaux », Ecosociété, 2016.

En 2014 avec Paradis fiscaux : la filière canadienne, le philosophe et militant Alain Deneault soulignait le poids important pris par le Canada dans le « processus d'offshorisation du monde ». De La Barbade aux Bahamas, de la Jamaïque aux îles Turques-et-Caïques, nombreux furent les financiers, politiciens, avocats canadiens a avoir transformé des îles paradisiaques en… paradis fiscaux, travaillant main dans la main avec la petite élite locale. Alain Deneault allait plus loin : il montrait à quel point le Canada lui-même était devenu un paradis fiscal. Son dernier écrit, court et incisif, poursuit le travail entamé.

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samedi, février 25 2017

La fabrique du musulman

Nedjib Sidi Moussa, La fabrique du musulman - Essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale, Libertalia, 2017


En 1991, dans L'immigration prise aux mots, Simone Bonnafous analysait l'évolution du discours posé sur les immigrés par la presse nationale (de Minute à Lutte ouvrière) entre 1974 et 1984. Elle y notait le lent effacement du travailleur immigré comme membre d'une classe sociale et son remplacement par le « délinquant » ou l'inassimilable, ce qui sonnait comme une première victoire culturelle pour une extrême droite encore balbutiante électoralement...

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vendredi, février 17 2017

Les historiens de garde

William Blanc Aurore Chéry, Christophe Naudin, Les historiens de garde, Libertalia, 2016

Dans un opus précédent, William Blanc et Christophe Naudin nous contaient le destin historiographique de Charles Martel, et son rôle, récent au regard de l'Histoire, d'icône de la Chrétienté en lutte contre l'expansionnisme musulman. Ce faisant, il nous rappelait que l'Histoire, tout comme la géographie, pouvait servir à faire la guerre. Ici, accompagnés d'Aurore Chéry, ils font essentiellement la critique serrée de Lorant Deutsch, auteur de Métronome, best-seller d'une Histoire au goût du jour : réactionnaire.

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jeudi, janvier 19 2017

Célestin Freinet, le maître insurgé

Célestin Freinet, Le maître insurgé – Articles et éditoriaux 1920-1939 (livre présenté et commenté par Catherine Chabrun et Grégory Chambat), Libertalia, 2016.

A l'heure où certains prétendent redorer le blason terni de l'éducation nationale à coups d'uniformes, d'ordre et de discipline, mythifiant la bonne vieille classe d'antan, il est bon de lire ou découvrir les écrits de Célestin Freinet rassemblés dans ce petit livre court et instructif.

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samedi, janvier 14 2017

Amadeo Bordiga, l'homme du non

Arturo Peregalli et Sandro Saggioro, Amadeo Bordiga : la défaite et les années obscures (1926-1945), Editions Prométeo, 2016.

Dans l'histoire tumultueuse du communisme italien, Amadeo Bordiga occupe une place à part : celle du fantôme ou du proscrit. Et ce n'est pas le moindre intérêt du livre de Peregalli et Saggioro (sorti en 1998 en Italie) que de lever le voile sur la vie de ce communiste de premier plan, des années 1920 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

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samedi, janvier 7 2017

Bertrand Russell, Idéaux politiques

Bertrand Russell, Idéaux politiques, Ecosociété, coll. Retrouvailles, 2016.

En 1917, en langue anglaise, paraissaient les Idéaux politiques de Bertrand Russell, compilation de cinq conférences tenues l'année précédente en Ecosse, et inédites jusqu'à ce jour en français. Russell était alors un philosophe reconnu et un militant pacifiste et socialiste fort peu apprécié du pouvoir grand-britton1. Il l'était d'autant moins qu'il faisait partie de ces militants qui, aux effets de manche et aux outrances verbales, préféraient le calme et la pondération, ce qui ne pouvait qu'élargir son auditoire.

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dimanche, novembre 13 2016

La guerre au Cameroun

Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, La guerre du Cameroun. L'invention de la Françafrique, La Découverte, 2016

On prête à François Mitterrand ces mots : « Dans ces pays-là, un génocide, ce n'est pas trop important ». Nous étions alors en 1994, et au Rwanda, des centaines de milliers de personnes venaient d'être liquidées sur les ordres d'un pouvoir aux abois, délégitimé mais toujours soutenu par la France, le pays des droits de l'homme, pour qui, si l'on en croît ses élites, l'Afrique n'est rien d 'autre qu'une terre de ténèbres… mais dans laquelle, on peut faire du business.

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Au-delà de la rareté

Murray Bookchin, Au-delà de la rareté. L'anarchisme dans une société d'abondance, Ecosociété, 2016.

On ne sait si on doit applaudir ou se gausser de la réédition par les éditions Ecosociété d'Au-delà de la rareté, un recueil de textes de l'anarchiste et écologiste américain Murray Bookchin, figure de proue de l'écologie sociale. Applaudir parce que ces textes n'ont rien perdu de leur potentiel subversif ; se gausser car ils sonnent cruellement anachroniques à l'heure où les Américains viennent de porter au pouvoir Donald Trump qui a fait de la lutte contre l'écologie l'un de ses chevaux de bataille.

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mercredi, juillet 6 2016

Dialogue entre Noam Chomsky et Ilan pappé

Nouvelle donne, vieilles rengaines (juin 2016)

Frank Barat, Noam Chomsky Ilan Pappé – Palestine, Ecosociété, 2016

A gauche, Ilan Pappé, historien exerçant au Royaume-Uni, auteur de nombreux ouvrages traitant de la naissance d'Israël. A droite Noam Chomsky, célèbre figure de la gauche radicale américaine. Au centre, Frank Barat, coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine, qui a eu l'idée de demander à ces deux personnalités fortes, à ces deux intellectuels engagés, de débattre, d'échanger autour d'une question simple : comment en finir avec le conflit israélo-palestinien, comment en finir avec des décennies de guerre et de souffrances ?

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lundi, juin 6 2016

Correspondance Abel Paz Garcia Oliver

Agustin Guillamon, Correspondance entre Diego Camacho (« Abel Paz ») et Juan Garcia Oliver, NPNF, 2016.

De nouveau, les éditions Ni Patrie ni frontières revisitent la guerre d'Espagne. Après la publication d'une partie des écrits de l'obscur Grandizo Munis1 et celle du rapport Rüdiger2, elles nous offrent la publication de la correspondance entre Diego Camacho, plus connu sous son nom de plume d'Abel Paz, et Juan Garcia Oliver, tout cela présenté et commenté par l'historien-militant Agustin Guillamon. Et c'est à nouveau la politique des anarchistes durant la guerre d'Espagne qui est au coeur de ces échanges.

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Le progrès sans le peuple

David Noble, Le progrès sans le peuple, Agone, 2016

C’est bien connu, le travailleur, grégaire et conservateur, voit d’un mauvais œil les mutations et évolutions technologiques. Le patronat va de l’avant, le travailleur freine des quatre fers ; ainsi va le capitalisme depuis plus de deux siècles. L’historien américain David Noble bat en brèche cette idée simpliste avec « Le progrès sans le peuple », une compilation de quelques-uns de ses textes de réflexion sur le capitalisme, la technologie et la lutte des classes écrits dans les années 1980.

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mardi, mai 24 2016

Pietro Nenni et la guerre d'Espagne

Pietro Nenni, La guerre d'Espagne, Maspero, 1959

Pietro Nenni fut l'un des leaders du socialisme italien, exilé en France pour échapper au fascisme. En 1936, il se rend en Espagne pour soutenir le gouvernement républicain qui fait face à la sédition d'une large fraction de l'armée, soutenue par Hitler et Mussolini. En 1959, les toutes jeunes éditions Maspéro proposaient enfin au public francophone un ensemble de textes de Pietro Nenni écrits durant cette période tumultueuse. La Guerre d'Espagne, recueil d'articles, d'interventions de congrès et de témoignages, inaugurait même sa collection Cahiers libres appelée à un très bel avenir.

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Impérialisme, guerre et lutte de classes en Allemagne 1914-1918

Paul Frölich, Impérialisme, guerre et lutte de classes en Allemagne 1914-1918, Ed. Science marxiste, 2014.

« Impérialisme, guerre et lutte de classes en Allemagne 1914-1918 » est le premier tome d'un triptyque qui ne vît malheureusement pas le jour. Ecrit en 1924, il est l'oeuvre de Paul Frölich, un militant révolutionnaire de premier plan, ami intime de Rosa Luxembourg, à laquelle il consacra d'ailleurs une biographie. Paul Frölich fait partie de ces socialistes allemands qui ne furent jamais dans la ligne de la direction du parti social-démocrate, le SPD, parti qu'il a rejoint en 1903 à l'âge de 20 ans. Nul étonnement donc de le voir être l'un des animateurs de la forte minorité qui s'oppose à la « politique d'appui à la guerre » menée par cette formidable machine bureaucratique qu'est le SPD de l'époque.

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