Le Monde comme il va

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mercredi, octobre 21 2020

L’Affaire Jules Durand. Quand l’erreur judiciaire devient crime

Marc Hédrich
L’Affaire Jules Durand. Quand l’erreur judiciaire devient crime
Michalon, 2020

Qui se souvient aujourd’hui de Jules Durand, ouvrier docker havrais et syndicaliste révolutionnaire, du temps d’une Belle Epoque qui ne l’était pas pour le prolétariat en haillons ? Qui se souvient de Jules Durand dont le destin tragique rappela à ses contemporains celui du Capitaine Dreyfus ? C’est à cet homme que Marc Hédrich, magistrat de profession, a voulu rendre hommage et justice dans un livre publié par Michalon : L’Affaire Jules Durand. Quand l’erreur judiciaire devient crime.

Nous sommes en 1910, sur les quais du port du Havre noircis par ce charbon que des centaines de pauvres diables traitent au quotidien. Le mot est fort certes, mais il souligne bien l’état de dépendance d’un prolétariat soumis à l’arbitraire des marchands d’hommes régnant sur le port : travail harassant, salaires de misère, soumis aux caprices du temps et à l’humeur des chefs qui composent les équipes. On ne sort pas de la misère en travaillant comme un docker, on l’évite le temps d’un shift, avant que chanceux et malchanceux du jour ne se retrouvent dans les multiples cafés qui accueillent leur misère ; car on boit énormément sur les quais, l’alcoolisme fait des ravages et Jules Durand s’était d’ailleurs mis en tête de combattre ce fléau.
En cette année 1910, les ouvriers charbonniers se mettent en grève. La mécanisation va rendre leurs bras en partie obsolètes et sous la houlette de Jules Durand, ils entendent négocier avec le patronat un partage des fruits de la croissance. Mais la Compagnie générale transatlantique, la mal nommée CGT, se refuse à toute négociation. Les esprits s’échauffent, et un soir, une violente bagarre éclate entre un groupe de grévistes et un contremaître non-gréviste, Louis Dongé. Ce dernier ne se relèvera pas de ses blessures.

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Mais de ce drame de la misère et de l’alcool1, la bourgeoisie et ses alliés vont en faire le procès du syndicalisme CGT et de la canaille rouge. Avec une rare célérité et au mépris du droit, ils font notamment de Durand le commanditaire du meurtre de Dongé. Celui-ci aurait, en pleine réunion syndicale, devant des dizaines de témoins, appelé à tuer Dongé « le jaune » ! C’est la thèse de la Compagnie générale transtlantique, reprise sans sourciller par la justice locale et la presse aux ordres, malgré les dénégations des accusés... et même de la Police qui jure que Durand est un syndicaliste pondéré et vertueux. Enquête bâclée, procès politique… Jules Durand est condamné à mort, alors que les auteurs des coups mortels échappent à la guillotine républicaine.
Dans une France qui n’a rien oublié de la toute récente affaire Dreyfus, cette condamnation scandaleuse enflamme l’opinion publique. Dreyfus, le bourgeois juif, victime de l’antisémitisme, Durand, le gueux anarchiste, victime du racisme de classe. Dreyfus, incarnation du juif vénal et sans patrie, Durand, porte-parole de la lie des faubourgs, de cette classe laborieuse autant que dangereuse2. Etablir le parallèle était évident. Mais cette affaire m’en a rappelé une autre : celle qui mena à la potence une poignée d’anarchistes américains en 1886 et au souvenir duquel nous défilons dans les rues le Premier Mai. Concordances : une enquête uniquement à charge, un jury recruté parmi les notables de la ville, une Justice désireuse de faire un exemple, une presse aux ordres réclamant le sang. Et un procureur déclarant : « Ces huit hommes ont été choisis parce qu'ils sont des meneurs. Ils ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivent. Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d'eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre société. » Condamner Durand, c’était aussi faire un exemple et une façon de remettre les dépossédés à leur place.

Le livre de Marc Hédrich n’est pas une simple recension des faits. Il est aussi une réflexion stimulante sur la justice pénale d’avant la Première guerre mondiale, sur l’affaire elle-même et sur la façon dont l’Histoire en a gardé la trace. L’affaire Durand fut pour lui un crime judiciaire, non un crime d’État ; ceci, non pas pour dédouaner ce dernier de ses responsabilités, mais pour souligner le rôle primordial joué par les élites locales dans la condamnation de Durand.
Condamné à tort, condamné à mort, réhabilité après des années de combat3, Jules Durand aurait pu connaître le destin d’Alfred Dreyfus et entré dans les livres d’histoire. Il n’en sera rien, au grand dam de Marc Hédrich. Dreyfus est rentré du bagne, affaibli mais vivant. Jules Durand est sorti du quartier des condamnés à mort pour gagner l’asile d’aliéné : la justice a rendu fou cet homme calme et posé, pacifique, marqué par son éducation chrétienne, syndicaliste révolutionnaire tenant plus d’un éducationniste comme Fernand Pelloutier que du « bouledogue », alias Georges Yvetot, tribun survolté, apôtre de la violence ouvrière et abonné des prétoires4. Les historiens et journalistes spécialisés dans les affaires criminelles l’ont oublié, et Jules Durand a peu attiré l’attention des historiens du mouvement ouvrier. Guillotiné, Durand aurait eu toute sa place dans le grand martyrologue de la cause ouvrière. Mais voilà, Durand est mort en 1926, dans un asile d’aliénés...
Aujourd’hui, une plaque honore sa mémoire, indiquant qu’il fut condamné à mort puis gracié. Cruel hommage puisque, nous rappelle l’auteur, Jules Durand ne fut pas gracié mais réhabilité, autrement dit innocenté.

Notes :
1. Tous les belligérants étaient si avinés que la police devra attendre qu’ils aient dessaoulé pour les auditionner.
2. « Le danger qui nous menace le plus est qu'une nouvelle invasion des barbares, née cette fois au sein même de la société, n'anéantisse le foyer de la civilisation et de la richesse ». Ces mots de 1850 sont l'oeuvre d'un socialiste modéré prussien aujourd'hui oublié : Johannes Karl Rodbertus.
3. Il fut établi que les accusateurs avaient produit de faux témoignages pour accabler Durand et les leaders du syndicat. On sait aussi qu’ils avaient été dès l’éclatement de l’affaire « pris en charge » par la Compagnie générale transtlantique. Celle-ci ne fut pas pour autant inquiétée par la suite, de même que les magistrats qui la soutinrent...
4. Sur le bouledogue.

vendredi, octobre 9 2020

Georges Orwell l'inclassable

George Woodcock
Orwell à sa guise. La vie et l’oeuvre d’un esprit libre
Lux, 2020

Je vous dois un aveu. De George Orwell, je ne connais que ses écrits politiques1 et ses récits de miséreux ou d’ancien de la colonne Durruti2. Jeune, sans doute, j’ai du lire 1984 et La ferme des animaux, mais il y a prescription, et pas d’hier… Du fait de ma faible appétence pour la littérature, je ne me risquerais pas à porter un jugement sur son œuvre, même si je serais sans doute moins sévère qu’Orwell lui-même.

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George Woodcock a bien connu l’écrivain anglais à la fin de sa vie quand celui-ci animait des émissions culturelles sur la BBC durant la Seconde guerre mondiale. La biographie qu’il lui consacre, intitulé Orwell à sa guise, édité en 1966 et republié aujourd’hui par Lux3, est marquée par le respect qu’il avait pour son aîné de dix ans. Car l’homme en impose, même si lors de leur première rencontre, il n’a pas encore écrit les deux chefs d’oeuvre cités plus haut.
Il en impose et il désarçonne car Orwell n’est pas facile à cerner. A son propos, nous pourrions multiplier les qualificatifs. Orwell était un solitaire, un intellectuel qui aimait le travail manuel et détestait les doctrinaires et les sentencieux, un homme pudique aux goûts simples, rustiques, un homme de principe et d’honneur, inadapté à la vie partisane, un socialiste radical profondément anti-stalinien mais aussi un « patriote sincère » et un défenseur de la famille, un révolutionnaire se refusant à faire du passé table rase, un moraliste, un homme également profondément pessimiste dans ces années 1930 si lourdes de menaces. Orwell était tout cela à la fois, alors que rien ne laissait entrevoir qu’il put en être ainsi.
Car il aurait pu être the right man at the right place quand il se met, jeune adulte, au service de l’Empire britannique en Birmanie. Il en sort au contraire définitivement bouleversé et écoeuré par la violence du rapport colonial. Expérience traumatique qui le convainc que sa place n’est pas là où il pensait la trouver, au sein de cette petite-bourgeoisie vulgaire, autosatisfaite. Mal dans sa tête et mal dans sa classe, ou plutôt dans sa caste tant « cette différence de classe qui se dresse devant vous estcomme un mur de pierre ». Lorsqu’il se lumpen-prolétarise et décide de vivre comme les laissés pour compte du capitalisme du laissez-faire, il ne le fait pas pour s’encanailler mais pour « échapper complètement au monde de la respectabilité ». Ce moi respectable, il n’en veut pas. Toute sa vie fut une quête pour se construire un autre moi.

Orwell n’était pas anarchiste mais s’il a gardé un souvenir si fort de son expérience espagnole, c’est parce qu’il avait trouvé là-bas dans les rues rouges et noires de Barcelone ou sur le front d’Aragon, des révolutionnaires idéalistes et des âmes pures, désintéressées. Car pour Orwell, le socialisme qu’il appelait de ses vœux ne pouvait être qu’éthique, et il redoutait que le socialisme contemporain apprenne « aux gens à penser en termes de bénéfices matériels » : dans un texte intitulé « Le socialisme et les intellectuels », il écrit que « le véritable objectif du socialisme n'est pas le bonheur mais la fraternité humaine (...) Si les hommes s'épuisent dans des luttes politiques déchirantes, se font tuer dans des guerres civiles ou torturer dans les prisons secrètes de la Gestapo, ce n'est pas afin de mettre en place un paradis avec chauffage central, air conditionné et éclairage (...) mais parce qu'ils veulent un monde dans lequel les hommes s'aiment les uns les autres au lieu de s'escroquer et de se tuer les uns les autres. »4. Une conclusion que l’on pourrait trouver très chrétienne pour un homme qui ne l’était guère. Mais Orwell, « homme bon et indigné », est ainsi : inclassable.

Notes :
1. Ecrits politiques (1928-1949). Sur le socialisme, les intellectuels et la démocratie, Agone, 2009. Signalons que l’éditeur marseillais avait édité précédemment le livre John Newsinger La politique selon Orwell (2006).
2. Dans la dèche à Paris et à Londres, Ivrea, 1993 ; Catalogne libre (Hommage à la Catalogne), Gallimard, 1955.
3. Sortie initialement en 1966.
4. Texte reproduit dans George Orwell, Ecrits politiques (1928-1946), Agone, 2009.%%

vendredi, septembre 25 2020

Mohamed Saïl, un anarchiste kabyle

Mohamed Saïl
L’étrange étranger. Ecrits d’un anarchiste kabyle
Lux, 2020

De Mohamed Saïl, je ne connaissais qu’une compilation d’articles réunis par l’historien Sylvain Boulouque et publiée dans les années 1990 par un éditeur anarchiste peu connu hors du « milieu » anti-autoritaire1. La présente anthologie, intitulée L’étrange étranger, proposée par François Dupuis-Déri, se veut plus complète, puisque une poignée de textes a été retrouvée en explorant la presse anarchiste. Remercions Lux de sortir aujourd’hui de l’anonymat cet anarchiste qui incarna longtemps le « tempérament indomptable » que l’on prête aux Kabyles algériens.
Vous ne trouverez pas dans ces pages des réflexions ou des questionnements sur l’anarchisme. Mohamed Saïl n’est pas un théoricien libertaire, c’est un agitateur pugnace au caractère rugueux, un beau produit du mouvement ouvrier révolutionnaire2.

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Né en Algérie en 1894, devenu libertaire à l’adolescence, Mohamed Saïl a l’insoumission chevillée au corps. Antimilitariste, il est jeté en prison durant le premier conflit mondial. Antifasciste, il est incarcéré pour « port d’arme prohibée » au printemps 1934, période de fortes tensions avec les ligues d’extrême droite ; et deux ans plus tard, il franchit les Pyrénées pour y rejoindre le Groupe international de la colonne Durruti. Antistalinien, il fustige les communistes dociles et serviles, ces « laquais de Staline », ces « radoteurs assermentés » qui veulent enrégimenter la classe ouvrière et le traite d’agent provocateur alors que la répression s’abat sur lui.

Mais Saïl est surtout un adversaire acharné du colonialisme corrupteur et barbare, et de ce code de l’indigénat qui fait du colonisé un esclave… et un immigré en puissance : pour Saïl, émigrer c’est fuir, pour se donner une chance de vivre. Dans ces textes, à mes yeux les plus intéressants de cette anthologie, Saïl n’oppose pas les Algériens aux Français. Internationaliste et anticapitaliste, il plaide, lui le déraciné3, pour l’unité des travailleurs (« Français et Algériens n’ont qu’un ennemi : leur maître ») contre ceux qui les oppriment : l’administration et la bourgeoise coloniales, la « sale clique des marabouts » (« N’attendez rien d’Allah, les cieux sont vides ») et la « canaille vénale », autrement dit les « caïds » qui font régner l’ordre au nom d’Allah, de la République et de la Civilisation. Il souligne que l’entreprise coloniale est tout autant économique que culturelle : spoliation des terres, prolétarisation, mise en servitude, acculturation. Il fait reposer tous ses espoirs sur les « Algériens pur-sang », autrement dit les Kabyles auxquels il prête un « tempérament libertaire et individualiste », un goût pour l’autonomie, l’assembléisme et le fédéralisme, un mépris pour le centralisme mortifère ; des Kabyles victimes jamais résignées de deux vagues coloniales : celle des Arabes, jadis, qui leur imposèrent langue et religion, sans y parvenir totalement ; celle de la France monarchiste puis républicaine. Le propos manque évidemment de subtilité et fait fi de la géographie : comme l’anthropologue James C. Scott l’a montré avec son livre Zomia4, ce n’est pas par goût de l’aventure que des communautés s’installent sur des terres inhospitalières, mais pour échapper autant que faire se peut au pouvoir central, autrement dit à l’impôt, à la conscription et à la surveillance ; l’irrédentisme kabyle est ainsi plus affirmé dans les montagnes que dans la plaine où l’arabisation fut plus rapide. Il n’en demeure pas moins que la Kabylie reste pour le régime autoritaire et kleptocrate algérien un territoire prompt à la contestation sociale et culturelle5
Mohamed Saïl, irréductible militant communiste libertaire, s’est éteint en 1953, quelques mois avant une insurrection qu’il appelait de ses vœux dans ses derniers textes militants. Depuis 2016, dans le village de Taourirt, une plaque honore sa mémoire. La Kabylie insoumise lui doit bien cela.

Notes
1. Saïl Mohamed, Appels aux travailleurs algériens, Volonté anarchiste, 1994.
2. C’est le militantisme qui amène Mohamed Saïl, qui n’a fréquenté l’école qu’une poignée d’années, à prendre la plume.
3. Il émigre en France a priori au début des années 1910.
4. Zomia ou l’art de ne pas être gouverné, Seuil, 2013.
5. Le pouvoir a longtemps accusé les Kabyles d’instrumentaliser les problèmes sociaux afin de fragiliser l’Etat-nation algérien. Aujourd’hui, le discrédit le frappant est si fort que cette rhétorique ne fonctionne plus guère. Cf. Aïssa Kadri (dir.), Algérie, décennie 2010-2020. Aux origines du mouvement populaire du 22 février 2019, Editions du Croquant, 2019.

lundi, septembre 21 2020

Les empoisonneurs : antisémitisme, islamophobie, xénophonie

Sébastien Fontenelle
Les empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, xénophobie
Lux, 2020.

Le journaliste de Politis Sébastien Fontenelle n’est pas un inconnu. Outre sa participation au collectif Les mots sont importants, on lui doit une poignée d’ouvrages sur le monde médiatique et son rôle dans la droitisation de la société française. C’est également le cas de son dernier opus, Les empoisonneurs, publié par les éditions Lux.

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Cet essai court (à peine plus de 100 pages), découpé en une trentaine de chapitres excédant rarement les quatre pages, revient sur deux décennies de rhétorique néo-conservatrice, réactionnaire, raciste, autant dire de dégénérescence du champ médiatique grand public. Sébastien Fontenelle ne le fait pas à la façon, brillante, d’un Gérard Noiriel, avec Le Venin dans la plume, dans lequel l’historien ausculte Zemmour à la lumière de la vie d’Edouard Drumont, cette figure de l’antisémitisme français d’avant 1914.
Les Empoisonneurs est une sorte de pense-bête, sans introduction ni conclusion, qui revient sur quelques événements qui marquèrent le débat public, parfois le temps d’un simple buzz (car telle le veut l’époque), et qui sont comme autant de marqueurs de l’évolution droitière de la société française. Qui se souvient, hors des cercles intellectuels et militants, des diatribes anti-arabes d’une Oriana Fallaci, voire même d’un Renaud Camus fustigeant la juiverie médiatique sur les ondes de France Culture ? Plus grand monde.
Le danger ne réside pas tant dans les propos racistes de Fallaci, Camus ou Zemmour que dans l’accueil complaisant dont leurs thèses font l’objet sur certains médias. Sans oublier la complicité de quelques voix et plumes dont celle de l’incontournable Alain Finkielkraut, capable de toutes les circonlocutions pour ne pas accabler son ami antisémite Renaud Camus, pourfendeur du « grand remplacement ». Dans un essai déjà ancien (L’illusion identitaire, 1996), Jean-François Bayart nous appelait à nous intéresser aux « stratégies identitaires, rationnellement conduites par des acteurs identifiables ». Car ces complicités et cette mansuétude n’ont rien de fortuites. Elles signent l’alliance entre différents pôles de la nébuleuse réactionnaire au nom d’un combat commun : la défense d’une France (dont aucun n’a sans doute la même définition1) qui se meurt, assaillie par l’« islamo-gauchisme », le « politiquement correct », les Arabes à jamais musulmans, les jeunes de banlieues indociles, les gilets jaunes, le rap, la culture de masse, le multiculturalisme et je ne sais quoi d’autre. Car le péril n’est plus juif comme le clamait l’extrême droite des années 1930 : il parle arabe, porte parfois un burkini et a depuis longtemps posé ses valises au-delà de Poitiers.
Le récit identitaire est un récit d’exclusion car c’est lui qui désigne qui peut faire partie pleinement de la communauté nationale et qui doit rester à la place qu’on lui a assignée. A ce jeu et au regard de l’histoire nationale contemporaine, Arabes et Juifs furent logés à la même enseigne2. Certains intellectuels médiatiques juifs réactionnaires3 devraient s’en souvenir au lieu de cheminer avec le diable.

Notes
1. Doit-elle être blanche, catholique, philosémite, laïque, républicaine, démocratique, souverainiste, pro-européenne ?
2. Cf. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle): Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007 ; Michael Marrus et Robert Paxton, Vichy et les Juifs, Calmann-Lévy, 1981.
3. Cf. Ivan Segré, La réaction philosémite ou la trahison des clercs, Lignes, 2009.

lundi, novembre 11 2019

Amianto. Une histoire ouvrière

Alberto Prunetti
Amianto. Une histoire ouvrière
Agone, 2019

Je pourrais résumer ce livre en une poignée de mots en forme d'épitaphe : « Renato Prunetti (1945-2004). Ouvrier, il en est mort. »
Alberto Prunetti a pris la plume pour parler de son père, pour écrire « l'histoire ouvrière d'un type quelconque » étouffé par la machine. Renato n'était pas un de ces prolétaires happés par les grandes concentrations industrielles de Turin et d'ailleurs, ouvrier-masse soumis au chronométreur et à la froide discipline usinière. Renato était un ouvrier qualifié, soudeur-tuyauteur, fier de son savoir-faire et tout aussi fier que son fils échappe, par les études, à un avenir qui semblait tout tracé : étudier pour ne pas avoir à travailler plus tard…

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Renato le Livournais, un peu bagarreur, un peu fort-en-gueule, fan de football (qui ne l'était pas dans l'Italie ouvrière ?), syndicaliste de base, anticlérical affirmé, était un trimardeur, un ouvrier détaché. La moitié de son temps de travail, il le passait loin de chez lui, sur tous les chantiers qui requerraient ses compétences. Travail dur, salissant et qui peut tuer. A petit feu. Car Renato en a bouffé de ces poussières et particules. Il a bouffé de l'amiante, sans savoir que cette fibre, ce « serial killer » qu'il avait croisé à Casale Monferrato, Piombino et ailleurs, emprisonnait lentement mais sûrement ses poumons. Il savait que le labeur ouvrier s'en prendrait à son ouïe, ses yeux, son dos ; il ne se doutait pas qu'une tumeur le frapperait à 57 ans, après quatre ans de retraite. Renato n'était pas naïf, il avait eu en mains des tracts syndicaux et en fin de carrière, lui, le militant, s'était mobilisé pour épargner aux jeunes ouvriers d'être exposés comme il le fut aux substances chimiques, toxiques.
En 2004, Renato s'éteint, comme tant d'autres, victime de l'amiante, après deux années de souffrances. Pour la famille vient le temps du deuil puis celui du combat pour faire reconnaître le caractère professionnel de la maladie l'ayant frappé ; combat qui rend le deuil impossible. Pot de terre contre pot de fer. Contre les médecins et le patronat, murailles froides, incontournables. Puis vient le procès en septembre 2011. Epreuve surprenante et stupéfiante : six secondes pour s'entendre dire que l'affaire a été réglée en amont, que la famille recevra une indemnisation pour solde de tout compte. Six secondes et au suivant ! Six secondes pour un « type quelconque » qui a mené « une vie à risque, pleine d'ennui » et qui en est mort, dans l'indifférence générale. Toute la violence du système capitaliste tient en ces six secondes.

dimanche, novembre 10 2019

Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme

Marcos Ancelovici, Pierre Mouterde, Stéphane Chalifour, Judith Trudeau
Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme
Ecosociété, 2019.

Pour aborder ce livre et en discuter l'intérêt, je suggère de commencer la lecture à la page 159 par ces quelques mots de Pierre Mouterde, militant socialiste québecois. En une page, il nous dit trois choses : « On vit dans un monde où, comme jamais, on a besoin de révolutions » ; « La nécessité que nous avons de devoir collectivement agir vite » ; « On n'a jamais été aussi loin de la possibilité effective de mener aujourd'hui une véritable révolution. » Amer constat.
Pierre Mouterde le socialiste et Marcos Ancelovici le libertaire : deux militants de générations différentes (le premier a fait 68, le second est né en 1971) à qui les Nouveaux cahiers du socialisme de Chalifour et Trudeau ont proposé de dialoguer. Dialoguer pour voir si l'on peut concilier l'inconciliable et réconcilier ce que l'Histoire a déchiré tant de fois.
L'ambition n'est pas nouvelle. A la fin du 19e siècle, Merlino entra dans une vive polémique avec Malatesta à propos de l'abstentionnisme. Dans les années 1920, synthésistes et plateformistes s'affrontèrent violemment sur les questions organisationnelles. Dans les années 1960, Daniel Guérin se mit en tête de faire la synthèse entre le marxisme révolutionnaire et l'anarchisme social. Plus récemment, Besancenot et Lowy ont évoqué les « affinités électives » entre les deux courants1. J'aurais pu y ajouter les violentes polémiques qui secouèrent le « marxisme » tout au long du 20e siècle, et évoquer aussi bien Georges Sorel qu'Antonio Gramsci, Pannekoek que Poulantzas, Castoriadis, les conseillistes que les situationnistes qui tous, à leur façon et dans la dissonance, questionnèrent le rôle et la forme du parti, la rupture révolutionnaire ou encore le crétinisme parlementaire.
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Le dialogue est courtois car les deux militants sont désireux de faire « cause commune », de trouver les chemins d'une convergence qui ne soit pas tactique et instrumentale. Il l'est d'autant plus que « nous sommes hantés par les solutions politiques du passé » (Mouterde) alors que le monde a été profondément bouleversé depuis une poignée de décennies, autrement dit depuis les mouvements sociaux révolutionnaires/transgressifs des années 1960-1970. Tout le monde en est donc au même point et se pose les mêmes questions : l'ouvrier (celui des grandes concentrations industrielles) demeure-t-il le sujet révolutionnaire par excellence alors que la fragmentation du salariat a liquidé son homogénéité (d'ailleurs plus fantasmée que réelle) ? Les pratiques assembléistes sont-elles de nature à régler la question des relations de domination au sein des mouvements de masse ? Comment intégrer les problématiques intersectionnelles/identitaires sans satelliser la question des classes sociales ? Face à l'individualisme, peut-on se référer au « peuple » et à la nation2 ? Quid de la violence ou de la contre-violence populaire ?
Des questions donc, des réponses et des interrogations, et surtout un sentiment relevé par Chalifour et Trudeau : « Personne aujourd'hui ne prétend détenir la ligne juste ». Sentiment qui pourrait laisser penser que nous serions entrés dans un « nouvelle ère de la gauche, une gauche à la fois plus ouverte, mais aussi moins assurée », une gauche à la fois utopique et réaliste qui, pour le dire avec ces mots de 1922 de l'anarchiste italien Camillo Berneri, grefferait « des vérités nouvelles sur le tronc de ses vérités fondamentales, tout en sachant tailler ses vieilles branches. »3 Y'a plus qu'à...

Notes
1. Pour une critique non de la démarche mais de son contenu, lire René Berthier, Affinités non électives. Pour un dialogue sans langue de bois entre marxistes et anarchistes, Editions du Monde libertaire, 2015.
2. La question nationale fut centrale et demeure importante au Québec.
3. Camillo Berneri, Oeuvres choisies, Editions du Monde libertaire, 1988, p. 67-71. Berneri évoquait ici le mouvement anarchiste dont il critiquait l'immaturité, s'en prenant à la « mentalité mesquine et paresseuse de beaucoup de camarades qui trouvent plus commode de ruminer l'enseignement des maîtres que de s'engager dans les problèmes vastes et compliqués de la question sociale telle qu'elle apparaît aujourd'hui. »

samedi, novembre 9 2019

Les intellectuels français et la guerre d'Espagne

Pierre-Frédéric Charpentier
Les intellectuels français et la guerre d'Espagne. Une guerre civile par procuration (1936-1939)
Editions du Félin, 2019, 696 p.

Il est des coquilles plus éclairantes que d'autres : « La bataille fait rage dans tous les lecteurs » nous dit ainsi Le Mercure de France du 15 décembre 1937 ; coquille relevée par l'auteur pour qui elle illustre à quel point la guerre d'Espagne a passionné et tourmenté les esprits de ce côté-ci des Pyrénées. Je ne suivrai cependant pas Geneviève Tabouis affirmant en 1942 « qu'autour de la question d'Espagne, il se créa, dans notre pays, pour la première fois une division profonde entre Français. Une sorte de véritable guerre civile sourde et sournoise plana alors sur la vie de la nation. » ; c'est oublier à quel point l'affaire Dreyfus vît s'affronter, violemment, deux France et deux intelligentsia. Mais il était sans doute difficile d'évoquer le Capitaine dans la France du Maréchal…
La bataille fit rage, oui, et chacun fut sommé de prendre parti. S'appuyant sur une solide bibliographie, Pierre-Frédéric Charpentier nous met dans les pas de ces intellectuels, journalistes, pamphlétaires, artistes qui, depuis Paris ou la Péninsule, défendent leur Espagne : la républicaine, rouge et noire, indocile, généreuse et utopique ; la cléricale, austère où chacun reste à sa place, condition sine qua non pour éviter que la sauvagerie ne l'emporte.
Ils ont pour noms André Malraux, Paul Nizan, Simone Weil, Benjamin Péret, Georges Soria, Robert Louzon ou encore Pierre Brossolette. Ils sont marxistes de toutes écoles, anarchistes, syndicalistes révolutionnaires. Ils s'appellent Lucien Rebatet, Georges Oudard, Paul Claudel, Charles Maurras ou encore Bertrand de Jouvenel. Monarchistes, anti-communistes, catholiques, antisémites, tout le spectre de la droite fait corps pour conspuer l'Espagne rouge. Certains ont agi par la plume, d'autres par les armes, d'autres encore firent les deux et parfois y perdirent la vie au nom d'une Espagne dans laquelle ils investissaient leurs espérances politiques.
Deux camps et deux visions inconciliables. Les Golpistes ? Ils ne sont que l'expression armée d'une Espagne refusant la dictature des rouges, car c'est l'avenir de la Civilisation chrétienne qui se joue à Barcelone et Madrid. Les Franquistes ? Des factieux, défenseurs d'une Espagne réactionnaire, alliance du sabre et du goupillon, liquidant au besoin gueux des champs et prolétaires indociles. Chacun défend son camp sans céder un pouce de terrain à l'adversaire.
A droite et à l'extrême droite, on oppose le pays « réel » au pays « légal », ce « Frente crapular » soutenu par les brigands et les brutes. Pour preuves, ces incendies d'églises, ces meurtres de curés et de nonnes, ces squelettes que l'on expose. Terreur rouge, donc. Mais que penser de Guernica ou de ces deux mille prisonniers républicains liquidés un 15 août à Badajoz ? Cette « terreur blanche », le pieux Mauriac, Bernanos, Maritain la refusent, et François Veuillot (La Croix) s'indigne : « Ce n'est pas ainsi que l'on fait triompher la religion ». Rares dissidences à droite, mais tout aussi rares furent celles qui, à gauche, condamnèrent les exactions commises par le camp républicain à Valence, Barcelone ou ailleurs…

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Déchirement à droite, fractures à gauche. La première, immédiate : peut-on sans réagir laisser la république espagnole succomber sous les coups des séditieux ? Très vite, Léon Blum tranche : pour sauver la paix, il faut sacrifier l'Espagne ; la non-intervention fracture la gauche. Autre motif puissant de dissensus : l'implication du Komintern (via les Brigades internationales ou la vente d'armes) dans le conflit. Certains applaudissent le soutien soviétique quand d'autres fustigent le poids des « moscoutaires » dans le gouvernement et leur politique de neutralisation des anarcho-syndicalistes et des « trotskystes » du POUM. Conflit idéologique qui prend un tour militaire et tragique en mai 1937 dans les rues de Barcelone. Soulignons que les collectivisations agraires, la reprise en mains des usines ne semblent guère avoir motivé les intellectuels car l'auteur n'en parle pas ou fort peu ; il faut y voir sans doute le faible poids des libertaires sur la scène médiatique…

Maurras peut aller parader en Espagne. La république, cette gueuse sous contrôle bolchevik, est en sursis. Madrid se soumet, l'avancée franquiste pousse des centaines de milliers de personnes à fuir et tenter de franchir les Pyrénées. La gauche plaide pour que la France accueille les vaincus, la droite triomphante exige que l'on fasse le tri afin de se préserver de la canaille.
Car la droite a gagné cette « guerre civile par procuration ». Mais ce fut, nous dit l'auteur en conclusion de cette imposante synthèse, une victoire sans lendemain car la mémoire collective n'a retenu de ces trois ans de sang et de larmes que les œuvres d'un Malraux, Hemingway, Orwell ou Picasso… au point de laisser penser que la France d'alors fut unanime à défendre la liberté.

Note de lecture publiée dans le n°1087-1088 (11/2019, Spécial Joseph Roth et Adalbert Stifter) de la revue littéraire mensuelle Europe.

mercredi, février 6 2019

Donald Trump et la déconstruction de l'Amérique

Donald Trump et la déconstruction de l'Amérique
Gilles Vandal
Athéna Editions, 2018

A ma gauche, Gilles Vandal, professeur émérite à l'Ecole de politique appliquée de l'Université francophone et québecoise de Sherbrooke. A ma droite, Donald Trump, milliardaire mégalomane, rusé, vulgaire, tyrannique, caractériel, sexiste, raciste et bien d'autres choses encore. Au milieu, les lecteurs de La Tribune de Sherbrooke, quotidien francophone intimement lié au Parti libéral de Justin Trudeau, pour lesquels le premier, Gilles Vandal, a entrepris d'expliquer de quoi le second, Trump, était le nom. Cela prît la forme de dizaines de courtes chroniques couvrant la campagne électorale et les deux premières années de règne de l'imprévisible businessman reconverti dans… une autre forme de business.
Une campagne qui a vu, aux yeux de l'auteur, l'impensable (comment diable les Américains pourraient-ils confier leur sort à un démagogue intellectuellement indigent ?) devenir, dans des conditions douteuses1, réalité. Certes, ce n'est pas la première fois que le parti républicain confie son sort à des politiciens incompétents : le dernier demi-siècle nous a offert Ronald Reagan2 et, of course, Georges Bush Junior, dont la seule qualité était d'être le fils de son père. Mais Reagan et Bush n'étaient que des têtes de gondole destinées à captiver la foule, derrière eux se trouvait un appareil cohérent, capable de tenir la Maison blanche. Rien de tel avec Donald Trump puisqu'il a conquis le parti en fédérant la base contre une large partie de l'establishment républicain, aujourd'hui désorienté, pris en otage par son aile la plus radicale. Donald Trump, l'outsider, s'est appuyé sur la frange la plus droitière du Parti républicain pour s'imposer comme le candidat de la revanche, emmenant avec lui le puritain Mike Pence : quel improbable duo !
Pour Gilles Vandal, c'est à une revanche que l'on a assisté avec la victoire de Trump : celle de l'Amérique blanche, réactionnaire (et pas majoritairement ouvrière3) sur tout ce qu'a pu incarner Barack Obama, le temps de son règne. Pour preuve, la volonté obsessionnelle du nouveau locataire de la Maison blanche d'en finir avec l'Obamacare, alors même qu'une frange non négligeable de son électorat ainsi qu'une partie des élus républicains ne veulent pas entendre parler ; s'il n'est pas parvenu à ses fins, il a réussi cependant à rendre l'accès à l'assurance médicale facultatif...

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En une dizaine de chapitres, Gilles Vandal nous met donc dans les pas de cet homme brutal, imprévisible, amoral, menteur invétéré, auto-centré. Un homme qui a un but : faire le ménage et déconstruire, non pas seulement l'héritage Obama mais ce sur quoi s'est reposée la puissante Amérique durant des décennies : une certaine idée de son rôle dans le monde. Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, Trump bouscule tout, tonitrue, menace, tweete et re-tweete et ce faisant désarçonne jusqu'à son camp, voire même surtout son camp. Trump n'a pas d'amis, mais des adversaires qu'il faut châtier et des partenaires qu'il faut mettre au pas. Cela se vérifie régulièrement dans sa politique étrangère où il insulte les uns et les autres, du dictateur nord-coréen jusqu'à ses alliés au sein de l'OTAN, en passant par l'Iran, évidemment, ou encore le Canada, son partenaire au sein de l'ALENA. Il n'écoute rien ni personne, ne supporte pas les critiques, congédie les sceptiques et ne s'entoure que d'incompétents et de proches. La politique n'est pour lui qu'un rapport de force brutal, où l'on passe des deals, comme dans le monde des affaires. Gilles Vandal, libéral et centriste, ne peut que déplorer que les us et coutumes policés de la diplomatie internationale aient été jetés aux orties, ternissant comme jamais l'image de l'Amérique aux yeux du monde. Il regrette également que les relations entre républicains et démocrates, rudes certes, mais non dépourvues de respect mutuel (entre gens du même monde…) aient été malmenées par un braillard ne respectant rien ni personne. D'une certaine façon, il pleure un monde (dont il ne fait malheureusement aucune critique) en train de disparaître.
Trump demeure ainsi un OVNI, un objet vociférant non encore (totalement) identifié. N'est-il qu'un de ces populistes illibéraux qui fleurissent ça et là ? Un crypto-fasciste ? Une parenthèse désolante destinée à se clore bien vite (comme les mid-terms peuvent le laisser penser) grâce à la montée des mouvements sociaux, ou la première marche vers la fascisation de la première puissance mondiale ? Car entre deux saillies et deux tweets, Trump place ses hommes à des postes-clés...

Notes :
1. Certains accusent les services secrets russes de s'être ingérés dans l'élection présidentielle américaine pour « salir » la réputation d'Hillary Clinton. Parallèlement, d'autres pensent que Trump redoute que la justice s'intéresse de près à ses pratiques de businessman en Russie...
2. Reagan était davantage réputé pour ses envolées anti-soviétiques que pour sa maîtrise des dossiers...
3. Il rappelle opportunément que la clientèle électorale de Trump se compose des classes moyennes les mieux nantis.

jeudi, novembre 2 2017

Le Mexicain (Jack London)

Jack London, Le Mexicain, Libertalia, 2017.

Lorsque Jack London écrit ce texte en 1911, le Mexique est en pleine ébullition politique et sociale : le pouvoir autoritaire de Porfirio Diaz vacille sous les coups que lui portent aussi bien les secteurs démocrates et libéraux que les zapatistes, villistes et autres magonistes. De l’autre côté de la frontière également, le climat social est tendu entre le patronat américain et ses hommes de main qui font face à un syndicalisme de plus en plus radicalisé et offensif, qu’incarnent les IWW.

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jeudi, septembre 21 2017

Pirates de tous les pays

Marcus Rediker, Pirates de tous les pays, Libertalia, 2017

Monstres marins, chiens de l'enfer, loups des mers « bestiaux et carnivores »… le grand public ne sait-il pas tout ce qu'il doit savoir sur ces gibiers de potence, buveurs impénitents, braillards et violents, sans Dieu ni autres maîtres que Satan lui-même, la cupidité et le vice ? Non, et il faut remercier l'historien Marcus Rediker de lever le voile sur le monde singulier des pirates du 18e siècle en jetant par dessus bord les images d'Epinal auxquelles ils furent rattachées. Combien furent-ils à rompre ainsi les amarres avec le vieux monde et ses codes pour se faire pirates ? Quelques milliers, guère plus, sillonnant la mer des Antilles ou l'Océan indien sur des sloops, ces bateaux rapides et faciles à manoeuvrer. Le premier quart du 18e siècle fut leur âge d'or et leur chant du cygne.

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mardi, septembre 5 2017

En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans

Omero Marongiu-Perria
En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans
Editions de l’Atelier, 2016.

Voici un exemple parfait de livre utile puisqu'il permet au béotien d’appréhender l’islam dans toute sa diversité idéologico-théologique. Cependant je doute qu’il soit de nature à combattre le racisme anti-Arabes/antimusulmans et l’islamophobie actuelle, qui se répandent comme une lèpre depuis quelques années ; islamophobie qui tend à réduire le musulman à la figure évidemment haïssable de l’Arabe djihadiste et à soupçonner tout Arabe, pieux ou pas, d'être un adepte de la taqiya, cet art de la dissimulation en terre hostile.

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vendredi, avril 21 2017

Une escroquerie légalisée

Alain Deneault, Une escroquerie légalisée – Précis sur les « paradis fiscaux », Ecosociété, 2016.

En 2014 avec Paradis fiscaux : la filière canadienne, le philosophe et militant Alain Deneault soulignait le poids important pris par le Canada dans le « processus d'offshorisation du monde ». De La Barbade aux Bahamas, de la Jamaïque aux îles Turques-et-Caïques, nombreux furent les financiers, politiciens, avocats canadiens a avoir transformé des îles paradisiaques en… paradis fiscaux, travaillant main dans la main avec la petite élite locale. Alain Deneault allait plus loin : il montrait à quel point le Canada lui-même était devenu un paradis fiscal. Son dernier écrit, court et incisif, poursuit le travail entamé.

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samedi, février 25 2017

La fabrique du musulman

Nedjib Sidi Moussa, La fabrique du musulman - Essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale, Libertalia, 2017


En 1991, dans L'immigration prise aux mots, Simone Bonnafous analysait l'évolution du discours posé sur les immigrés par la presse nationale (de Minute à Lutte ouvrière) entre 1974 et 1984. Elle y notait le lent effacement du travailleur immigré comme membre d'une classe sociale et son remplacement par le « délinquant » ou l'inassimilable, ce qui sonnait comme une première victoire culturelle pour une extrême droite encore balbutiante électoralement...

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vendredi, février 17 2017

Les historiens de garde

William Blanc Aurore Chéry, Christophe Naudin, Les historiens de garde, Libertalia, 2016

Dans un opus précédent, William Blanc et Christophe Naudin nous contaient le destin historiographique de Charles Martel, et son rôle, récent au regard de l'Histoire, d'icône de la Chrétienté en lutte contre l'expansionnisme musulman. Ce faisant, il nous rappelait que l'Histoire, tout comme la géographie, pouvait servir à faire la guerre. Ici, accompagnés d'Aurore Chéry, ils font essentiellement la critique serrée de Lorant Deutsch, auteur de Métronome, best-seller d'une Histoire au goût du jour : réactionnaire.

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jeudi, janvier 19 2017

Célestin Freinet, le maître insurgé

Célestin Freinet, Le maître insurgé – Articles et éditoriaux 1920-1939 (livre présenté et commenté par Catherine Chabrun et Grégory Chambat), Libertalia, 2016.

A l'heure où certains prétendent redorer le blason terni de l'éducation nationale à coups d'uniformes, d'ordre et de discipline, mythifiant la bonne vieille classe d'antan, il est bon de lire ou découvrir les écrits de Célestin Freinet rassemblés dans ce petit livre court et instructif.

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samedi, janvier 14 2017

Amadeo Bordiga, l'homme du non

Arturo Peregalli et Sandro Saggioro, Amadeo Bordiga : la défaite et les années obscures (1926-1945), Editions Prométeo, 2016.

Dans l'histoire tumultueuse du communisme italien, Amadeo Bordiga occupe une place à part : celle du fantôme ou du proscrit. Et ce n'est pas le moindre intérêt du livre de Peregalli et Saggioro (sorti en 1998 en Italie) que de lever le voile sur la vie de ce communiste de premier plan, des années 1920 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

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samedi, janvier 7 2017

Bertrand Russell, Idéaux politiques

Bertrand Russell, Idéaux politiques, Ecosociété, coll. Retrouvailles, 2016.

En 1917, en langue anglaise, paraissaient les Idéaux politiques de Bertrand Russell, compilation de cinq conférences tenues l'année précédente en Ecosse, et inédites jusqu'à ce jour en français. Russell était alors un philosophe reconnu et un militant pacifiste et socialiste fort peu apprécié du pouvoir grand-britton1. Il l'était d'autant moins qu'il faisait partie de ces militants qui, aux effets de manche et aux outrances verbales, préféraient le calme et la pondération, ce qui ne pouvait qu'élargir son auditoire.

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dimanche, novembre 13 2016

La guerre au Cameroun

Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, La guerre du Cameroun. L'invention de la Françafrique, La Découverte, 2016

On prête à François Mitterrand ces mots : « Dans ces pays-là, un génocide, ce n'est pas trop important ». Nous étions alors en 1994, et au Rwanda, des centaines de milliers de personnes venaient d'être liquidées sur les ordres d'un pouvoir aux abois, délégitimé mais toujours soutenu par la France, le pays des droits de l'homme, pour qui, si l'on en croît ses élites, l'Afrique n'est rien d 'autre qu'une terre de ténèbres… mais dans laquelle, on peut faire du business.

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Au-delà de la rareté

Murray Bookchin, Au-delà de la rareté. L'anarchisme dans une société d'abondance, Ecosociété, 2016.

On ne sait si on doit applaudir ou se gausser de la réédition par les éditions Ecosociété d'Au-delà de la rareté, un recueil de textes de l'anarchiste et écologiste américain Murray Bookchin, figure de proue de l'écologie sociale. Applaudir parce que ces textes n'ont rien perdu de leur potentiel subversif ; se gausser car ils sonnent cruellement anachroniques à l'heure où les Américains viennent de porter au pouvoir Donald Trump qui a fait de la lutte contre l'écologie l'un de ses chevaux de bataille.

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mercredi, juillet 6 2016

Dialogue entre Noam Chomsky et Ilan pappé

Nouvelle donne, vieilles rengaines (juin 2016)

Frank Barat, Noam Chomsky Ilan Pappé – Palestine, Ecosociété, 2016

A gauche, Ilan Pappé, historien exerçant au Royaume-Uni, auteur de nombreux ouvrages traitant de la naissance d'Israël. A droite Noam Chomsky, célèbre figure de la gauche radicale américaine. Au centre, Frank Barat, coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine, qui a eu l'idée de demander à ces deux personnalités fortes, à ces deux intellectuels engagés, de débattre, d'échanger autour d'une question simple : comment en finir avec le conflit israélo-palestinien, comment en finir avec des décennies de guerre et de souffrances ?

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