Alice Béja, Voltairine de Cleyre. Anarchisme, féminisme et amour libre, Editions de l’Atelier, 2025.
Elle fut l’une des figures de l’anarchisme américain de la fin du 19e siècle. La politiste Alice Béja lui consacre une « biographie intellectuelle » intitulée Voltairine de Cleyre. Anarchisme, féminisme et amour libre.
Voltairine de Cleyre est née en 1866 dans une famille modeste aux idées d’avant-garde. Sa mère est la fille d’un abolitionniste impliqué dans le soutien actif aux esclaves fugitifs, et son père, un socialiste libre-penseur… ce qui ne l’empêchera pas d’envoyer Voltairine étudier dans un couvent catholique1. Cette « expérience fondatrice de l’oppression » fera d’elle une anarchiste et une athée, une féministe qui entend vivre, et pas seulement professer, les idées qu’elle porte.

Dans une Amérique confrontée à la montée des tensions sociales et du mouvement ouvrier révolutionnaire2, elle incarne pour les élites une inacceptable dissidence, d’autant plus inacceptable qu’elle refuse d’être ce que la « nature » a fait d’elle : une femme, autrement dit une épouse et mère en devenir. Pire même : elle abandonnera son fils à son géniteur et partira vivre loin d’eux. Elle ne veut pas d’une vie de couple et d’une maternité castratrices.
Malgré une santé physique et psychologique fragile, Voltairine de Cleyre se lance dans le combat émancipateur avec un engagement qui impressionne. Elle vit chichement en dispensant des cours d’anglais, ne quitte Philadelphie qu’à de rares occasions. Elle écrit beaucoup mais uniquement des articles, des poèmes et de courts essais pour la presse libertaire. Ce n’est pas une théoricienne, ni même une oratrice fougueuse comme Emma Goldman, et elle ne partage d’ailleurs pas ses sentiments sur l’anarchisme. Alors qu’Emma-la-rouge défend l’idée que l’anarchisme s’offre à tout individu humaniste et anti-autoritaire, Voltairine de Cleyre défend une propagande en direction des seuls parias et des prolétaires : son anarchisme sera ouvrier, les alliances avec les classes moyennes et bourgeoise ne peuvent que le dévoyer ; et elle ne condamnera jamais la propagande par le fait, comprise comme une manifestation du refus de subir davantage l’oppression politique et sociale.
Ce n’est pas une activiste qui monte sur l’estrade pour parler aux grévistes ou qui brandit le poing lors des manifestations, et, sans doute, sa santé défaillante en est la raison. Et ce n’est pas le glaive de la Justice bourgeoise qui s’abattra sur elle au début du 20e siècle, mais la jalousie d’un de ses élèves, fragile psychologiquement. Un coup de revolver faillit lui ôter la vie.
Voltairine de Cleyre plaît aux hommes, mais son féminisme radical fixe des limites aux relations intimes qu’elle entend nouer : amour libre, non-communauté de vie. Alors que certains ont construit l’image d’une Voltairine de Cleyre, romantique voire austère, belle et rebelle, qui n’aurait eu qu’un seul et véritable amant, la révolution libertaire, la vraie Voltairine était une femme qui se débattait dans une société puritaine, patriarcale, pour vivre et aimer librement. Tout simplement...

« Pénétrer dans cette pensée dense n’est pourtant pas chose aisée », reconnaît l’historienne du droit Anne-Sophie Chambost1, dont le Proudhon. L’enfant terrible du socialisme vient d’être réédité chez Dunod. En près de 400 pages, elle nous met dans les pas du penseur bisontin, de cet autodidacte issu des classes populaires, orgueilleux et insatisfait, qui ne désire qu’une chose : l’émancipation des travailleurs. Ses ennemis ont pour noms les économistes libéraux, les politiciens bourgeois si facilement corruptibles, mais aussi ces classes populaires maintenues dans l’ignorance et facilement manipulables. Il se méfie autant des barricades que du suffrage universel… Seul un peuple ayant la conscience de son malheur pourra accomplir la seule révolution qui compte : la révolution sociale, par le bas, autrement dit par les producteurs. La révolution que Proudhon appelle de ses vœux sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes, de leur praxis.
Proudhon, qui « ancre l’action révolutionnaire dans le présent manufacturier », ne veut rien attendre de l’État, des politiciens, du capital ou de la religion. Il est persuadé que cette floraison d’associations ouvrières marque « l’avènement d’un monde radicalement nouveau ». Pour Proudhon, « l’anarchisme désigne positivement un faire ouvrier, une organisation spontanée dont il faut découvrir et promouvoir les caractères propres. » L’émancipation ou plutôt la démocratie industrielle qu’il appelle de ses vœux, peut se passer de chefs, d’idoles, car les travailleurs portent en eux cette capacité à inventer un monde nouveau, en se fédérant, solidairement.










