Le Monde comme il va

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vendredi, septembre 2 2016

Mes lectures de l'été 2016

Achille Mbembe, Politiques de l'inimitié, La Découverte, 2016.
L'Economie politique, Peut-on faire l'économie du bonheur ? (n°71), Alternatives économiques, 2016.
Jean-Frédéric Schaub, Pour une histoire politique de la race, Seuil, 2015.
Héla Yousfi, L'UGTT, une passion tunisienne - Enquête sur les syndicalistes en révolution (2011-2014), Karthala, 2015. --- Une plongée très intéressante dans l'histoire et l'actualité de l'Union générale tunisienne du travail.
Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société française 19e-20e siècle, Seuil, 1986.
Jean-Clément Martin, La Vendée et la Révolution - Accepter la mémoire pour écrire l'histoire, Perrin, 2007.
Cahiers du Centre d'études socialistes, Conseils ouvriers et utopie socialiste, CCES, 1969.
Pierre Ansart, Naissance de l'anarchisme - Esquisse d'une explication sociologique du proudhonisme, PUF, 1970.
Edouard Dolléans, Histoire du mouvement ouvrier 1871-1920, Colin, 1967 (1936). --- Un classique !
Claude Liauzu, Empire du mal contre Grand Satan - Treize siècles de cultures de guerre entre l'islam et l'Occident, Colin, 2005.
George M. Fredrickson, Racisme, une histoire, Liana Levi, 2003.


mercredi, juillet 6 2016

Dialogue entre Noam Chomsky et Ilan pappé

Nouvelle donne, vieilles rengaines (juin 2016)

Frank Barat, Noam Chomsky Ilan Pappé – Palestine, Ecosociété, 2016

A gauche, Ilan Pappé, historien exerçant au Royaume-Uni, auteur de nombreux ouvrages traitant de la naissance d'Israël. A droite Noam Chomsky, célèbre figure de la gauche radicale américaine. Au centre, Frank Barat, coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine, qui a eu l'idée de demander à ces deux personnalités fortes, à ces deux intellectuels engagés, de débattre, d'échanger autour d'une question simple : comment en finir avec le conflit israélo-palestinien, comment en finir avec des décennies de guerre et de souffrances ?

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Laurent Berger : une certaine conception du syndicalisme

Nouvelle donne, vieilles rengaines n°18 (juin 2016)

J'aimerais vous faire part de quelques-unes de mes réflexions à la lecture d'une interview de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, donnée au JDD il y a une dizaine de jours. Après avoir signifié son désarroi devant la crise traversée par le dialogue social en France, critiqué les maladresses du gouvernement et les postures des uns et des autres, Laurent Berger est appelé par le journaliste à répondre à la question qui est dans toutes les têtes : « comment en sortir ? » A cette question-là, Laurent Berger ne répond pas franchement mais il a une phrase qui en dit long sur sa vision du syndicalisme contemporain. Je le cite : « Je constate que les blocages viennent de salariés et d'agents qui ne sont pas concernés par le projet de loi. »

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dimanche, juillet 3 2016

Mes lectures de juin 2016

Incidence (Revue), n°11 (Le sens du socialisme - Histoire et actualité d'un problème sociologique), Le Félin, 2015. --- Intéressante et parfois ardue revue de philosophie et de sciences humaines. Sur les relations entre sociologie et socialisme, Durkheim, Comte, Mauss...
Emmanuel Fureix et François Jarrige, La modernité désenchantée - Relire l'histoire du 19e siècle français, La Découverte, 2015. -- Passionnante plongée dans l'historiographie relative au siècle de la "modernité".
Shlomo Sand, La fin de l'intellectuel français ? - De Zola à Houellebecq, La Découverte, 2016. --- Intéressant surtout sur la partie non contemporaine.
Edouard Dolléans, Histoire du mouvement ouvrier 1830-1871, Colin, 1967 (1936). --- Un classique !
Henry Laurens, John Tiolan, Gilles Veinstein, L'Europe et l'Islam - Quinze siècles d'histoire, Odile Jacob, 2009. --- Un livre très dense pour tordre définitivement le cou au choc des civilisations.

lundi, juin 6 2016

Correspondance Abel Paz Garcia Oliver

Agustin Guillamon, Correspondance entre Diego Camacho (« Abel Paz ») et Juan Garcia Oliver, NPNF, 2016.

De nouveau, les éditions Ni Patrie ni frontières revisitent la guerre d'Espagne. Après la publication d'une partie des écrits de l'obscur Grandizo Munis1 et celle du rapport Rüdiger2, elles nous offrent la publication de la correspondance entre Diego Camacho, plus connu sous son nom de plume d'Abel Paz, et Juan Garcia Oliver, tout cela présenté et commenté par l'historien-militant Agustin Guillamon. Et c'est à nouveau la politique des anarchistes durant la guerre d'Espagne qui est au coeur de ces échanges.

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Le progrès sans le peuple

David Noble, Le progrès sans le peuple, Agone, 2016

C’est bien connu, le travailleur, grégaire et conservateur, voit d’un mauvais œil les mutations et évolutions technologiques. Le patronat va de l’avant, le travailleur freine des quatre fers ; ainsi va le capitalisme depuis plus de deux siècles. L’historien américain David Noble bat en brèche cette idée simpliste avec « Le progrès sans le peuple », une compilation de quelques-uns de ses textes de réflexion sur le capitalisme, la technologie et la lutte des classes écrits dans les années 1980.

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jeudi, juin 2 2016

Mes lectures du mois de mai

Association Une tour une histoire, L'Usine : le pouvoir est à l'assemblée générale ! - Histoire singulière de la CGT de Tréfimétaux, UTUH, 2016.
René Berthier, Affinités non électives - Pour un dialogue sans langue de bois entre marxistes et anarchistes, Ed. du Monde libertaire, 2016.
Noam Chomsky / Ilan Pappé, Palestine, Ecosociété, 2016.
Jean-Paul Scot, Jaurès et le réformisme révolutionnaire, Seuil, 2014.
Yanis Thomas, Centrafrique : un destin volé - Histoire d'une domination française, Agone, 2016.
Victor Griffuelhes, L'action syndicaliste, Ed. La Brochure (1908/2006).
Paul Frölich, Impérialisme, guerre et lutte de classes en Allemagne 1914-1918, Ed. Science marxiste, 2014. voir ma chronique.

mardi, mai 24 2016

Pietro Nenni et la guerre d'Espagne

Pietro Nenni, La guerre d'Espagne, Maspero, 1959

Pietro Nenni fut l'un des leaders du socialisme italien, exilé en France pour échapper au fascisme. En 1936, il se rend en Espagne pour soutenir le gouvernement républicain qui fait face à la sédition d'une large fraction de l'armée, soutenue par Hitler et Mussolini. En 1959, les toutes jeunes éditions Maspéro proposaient enfin au public francophone un ensemble de textes de Pietro Nenni écrits durant cette période tumultueuse. La Guerre d'Espagne, recueil d'articles, d'interventions de congrès et de témoignages, inaugurait même sa collection Cahiers libres appelée à un très bel avenir.

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Impérialisme, guerre et lutte de classes en Allemagne 1914-1918

Paul Frölich, Impérialisme, guerre et lutte de classes en Allemagne 1914-1918, Ed. Science marxiste, 2014.

« Impérialisme, guerre et lutte de classes en Allemagne 1914-1918 » est le premier tome d'un triptyque qui ne vît malheureusement pas le jour. Ecrit en 1924, il est l'oeuvre de Paul Frölich, un militant révolutionnaire de premier plan, ami intime de Rosa Luxembourg, à laquelle il consacra d'ailleurs une biographie. Paul Frölich fait partie de ces socialistes allemands qui ne furent jamais dans la ligne de la direction du parti social-démocrate, le SPD, parti qu'il a rejoint en 1903 à l'âge de 20 ans. Nul étonnement donc de le voir être l'un des animateurs de la forte minorité qui s'oppose à la « politique d'appui à la guerre » menée par cette formidable machine bureaucratique qu'est le SPD de l'époque.

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Répression des manifestations

Nouvelle donne, vieilles rengaines n°16 (mai 2016)

Pauvre Hollande, pauvre Valls, pauvre Cazeneuve, et par conséquence, pauvres de nous. Les jours passent et ils creusent, creusent, creusent. A la vitesse où ils vont, ils sont capables de toucher le fond avant l'été. Droits dans leurs bottes, ils nous promettent l'ordre, la sécurité et le progrès social avec CRS, CFDT et 49,3. Comme Hollande l'a déclaré récemment : « Trop de gouvernement ont cédé, d'où l'état du pays que j'ai trouvé en 2012, pour que moi-même, dans des circonstances pas faciles, je cède dès lors qu'un compromis a été trouvé. »

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Ménard et les cacas des chiens : attention subversion !

Il est évidemment fort désagréable de souiller son escarpin et sa basket avec de l'excrément de Pékinois, abandonné là au beau milieu d'un trottoir. Quand je parle de Pékinois, je parle évidemment du chien et non du ressortissant de la capitale chinoise. Vous me direz que cette précision était inutile puisqu'il y a peu de chances qu'un ressortissant de l'Empire du milieu ne dépose sa crotte à la vue de toutes et tous, sur un trottoir français. Mais voilà, dès qu'il s'agit de Béziers, la ville de l'ineffable Robert Ménard, il vaut mieux être précis, l'ancien journaliste, défenseur de la veuve et de l'orphelin du temps de Reporters sans frontière, étant un obsessionnel du fichage ethnique. Est-il dans les habitudes chinoises de faire ses besoins dans la rue ? Allez savoir… et c'est peut-être en cela que réside l'intérêt des statistiques.
La dernière obsession de Robert Ménard ne concerne pas les nègres, arabes, voleurs de poules et autres pas-blancs peuplant nos villes et nos campagnes mais les cacas de canidés ; des chiens qui font là où ils veulent, au mépris des convenances. Je ne sais combien de personnes âgées glissent sur les étrons et se cassent le col du fémur, mais j'imagine qu'il doit y avoir un lien statistique entre cette constatation et le fait qu'à partir d'octobre prochain, tous les propriétaires de chiens du centre-ville seront tenus sous peine d'amende de faire ficher leurs chiens ; s'ils refusent, la douloureuse se montera à 38 €. Grâce à un « kit caca » offert par la mairie, les vétérinaires pourront ainsi prélever de quoi déterminer l'ADN des toutous du centre-ville. Dans la foulée, une brigade spéciale sera chargée du ramassage des crottes et de la recherche du délinquant à poil normalement présent dans le fichier des clébards ADN-isés. Il en coûtera 450 € au propriétaire du chien, fiché ou non, reconnu coupable d'avoir fait son caca là où il ne le fallait pas.
L'avenir dira si cette initiative forte aura pour conséquences une recrudescence des abandons de chiens dans le centre-ville de Béziers, une montée en flèche de la délation, voire même de terribles règlements de compte entre voisins. Imaginez qu'un bon citoyen ramasse les crottes de son chien, les jette dans une poubelle municipale, et qu'un de ses ennemis ou un plaisantin douteux ne les en retirent pour, nuitamment, la déposer au milieu d'un trottoir afin qu'elles soient ramassées, analysées par la « Brigade environnement » ; tout cela dans le but d'incriminer un bon et honnête citoyen qui ne pourra alors que plaider sa bonne foi, qu'exhiber les sacs à caca qu'il achète par paquet de cent pour ramasser l'étron canin ! Imaginez même qu'un groupe séditieux se décide à ramasser des crottes fraîches hors de la zone concernée pour venir les déposer en masse au coeur de la ville ? La brigade environnement risquerait ainsi de se retrouver submergée de cacas inconnus émanant de chiens non répertoriés pour ne pas dire clandestins. Non, je n'ose imaginer...

lundi, mai 9 2016

Violence des uns, violence des autres

Nouvelle donne, vieilles rengaines n°15 (mai 2016)

Depuis plusieurs années maintenant, il n'est pas rare que des manifestations dégénèrent à Nantes, Rennes, Paris ou ailleurs.
Pour certains, ces violences, ces atteintes aux biens publics ou privés et aux personnes assermentées (les forces de l'ordre) sont inacceptables et à condamner. Ils considèrent que dans la société démocratique, même imparfaite dans laquelle nous vivons, la défense des intérêts particuliers ou de l'idée qu'on se fait de l'intérêt général doit rester dans le cadre de la légalité, doit se faire dans le respect des lois. Ce point de vue moral ou éthique, respectable en lui-même, je ne le partage pas ; ce qui ne veut pas dire que j'applaudis à chaque fois qu'un malheureux abribus, que les vitres d'un commerce quelconque subit la colère des manifestants ; j'y reviendrai.

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Tête creuse et Donald Trompe

Nouvelle donne, vieilles rengaines n°15 (mai 2016)

Les primaires américaines ont rendu leur verdict du côté républicain. Les électeurs de la droite américaine avait le choix, principalement, entre Ted Cruz et Donald Trump, autrement dit Tête creuse et Donald Trompe. Dans leur grande sagesse, celle qui les fit élire Georges Bush Junior par exemple, ils ont opté pour Donald, dont on ne sait s'il doit porter à rire ou à pleurer. Ils l'ont fait au grand désespoir de l'establishment républicain pour lequel le programme notamment économique de Donald Trump est bien trop hérétique pour les amoureux du big business.

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dimanche, mai 1 2016

Mes lectures d'avril 2016

Fariba Adelkhah, Guerre, recontruction de l'Etat et invention de la tradition en Afghanistan, Etudes du CERI, 2016.
Frank Barat (sldd), Noam Chomsky Ilan Pappé - Palestine, Ecosociété, 2016.
Stéphane Sirot, 1884, des syndicats pour la République, Le Bord de l'eau, 2014.
Vingtième siècle (Revue), n°127 (Histoire et conflits de mémoire en Espagne), Presses de Sciences Po, 2015.
Anne Eydoux et Anne Fretel, Réformes du marché du travail - Des réformes contre l'emploi, Les Economistes atterrés, 2016.
Claude Willard (sldd), La France ouvrière (Tome 1, des origines à 1920), Ed. Sociales, 1993.
Michel Warschawski (sldd), La révolution sioniste est morte - Voix israéliennes contre l'occupation 1967-2007, La Fabrique, 2007.
Curtis Price, Fragile prospérité, fragile paix sociale - Notes sur les Etats-Unis, Echanges et Mouvement, 2001.
Michael Seidman, Pour une histoire de la résistance ouvrière au travail - Paris et Barcelone pendant le Front populaire et la révolution espagnole 1936-1938, Echanges et Mouvement, nd.
Tim Mason, La classe ouvrière sous le Troisième Reich (suivi de) L'opposition des travailleurs dans l'Allemagne nazie, Echanges et Mouvement, 2005.
Georges Vidalenc, Aspects du mouvement syndical français, CGT-FO, 1953 (reed. 1976).

lundi, avril 18 2016

L'avènement du sans-abri - Les asiles de nuit 1871-1914

Lucia Katz, L'avènement du sans-abri - Les asiles de nuit 1871-1914, Libertalia, 2015.

Que faire de ces pauvres hantant les rues des villes dans une France de la Troisième République en pleine mutation industrielle ? Peut-on en bon chrétiens les laisser dans la misère ou, pour éviter le pire (le désordre !), doit-on leur venir en aide ? Cette question est au coeur du livre court et très instructif de Lucia Katz sur l'émergence des asiles de nuit depuis la Commune de Paris jusqu'à la Première Guerre mondiale.

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lundi, avril 11 2016

La nouvelle dictature d'Haïti

Justin Podur, La nouvelle dictature d'Haïti – Coup d’État, séisme et occupation onusienne, Ecosociété, 2016

Coups d’État à répétition, précarité générale, violence sociale, répression politique brutale et massive, ouragans annuels… il semble qu'une Malédiction plane au-dessus d'Haïti, que le mauvais œil condamne ce bout d'île à la misère perpétuelle.

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vendredi, avril 8 2016

Mes lectures de mars 2016

Lucia Katz, L'avènement du sans-abri - Les asiles de nuit 1871-1914, Libertalia, 2015.
Justin Podur, La nouvelle dictature d'Haïti - Coup d'Etat, séisme et occupation onusienne, Ecosociété, 2016.
Foulquier et Lamberts (sldd), Gouverner les ports de commerce à l'heure libérale - Regards sur les pays d'Europe du Sud, CNRS Editions, 2014.
Magdeleine Paz, Je suis l'étranger, La Thébaïde, 2015. --- Ma chronique.
Politique africaine, n°140 (Post-esclavage et mobilisations), Karthala, 2015.
Dan Georgakas et Marvin Surkin, Detroit : pas d'accord pour crever - Une révolution urbaine, Agone, 2015.
Ahmed Rouadjia, Grandeur et décadence de l'Etat algérien, Karthala, 1994. --- Une exploration de l'Etat-parti FLN de l'Indépendance à l'avortement de la transition démocratie. Vingt ans ont passé et rien n'a véritablement changé (Bouteflika est toujours là...)
Justin Vaïsse, Histoire du néoconservatisme aux Etats-Unis, Odile Jacob, 2008. --- Une étude intéressante sur ce courant idéologique majeur outre-Atlantique.
Pietro Nenni, La Guerre de l'Espagne, Maspero, 1959. --- Le chef de file du socialisme italien, témoin et acteur de la guerre d'Espagne.
Danièle Linhart, L"Appel de la sirène - L'accoutumance au travail, Le Sycomore, 1981.
Gianpiero Bottinelli, Louis Bertoni - Une figure de l'anarchisme ouvrier à Genève, Entremonde, 2012.


mardi, mars 29 2016

Renzi en tête de proue

Et si Matteo Renzi avait raison ? Le sémillant premier ministre italien, que l'on classe volontiers au centre-gauche, le clame haut et fort : la réforme du marché du travail qu'il a initié en Italie en 2014-2015 a porté ses fruits ! Pourquoi diable ce qui a marché au pays de la mozarella échouerait au pays des mille fromages ? Matteo Renzi ne comprend pas cette jeunesse française qui refuse cette main que le marché libre lui tend. Il a exprimé son dépit lors du sommet franco-italien de Venise le 8 mars dernier. La jeunesse italienne, elle, a compris le message et elle lui baise les pieds entre deux contrats précaires.

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Socialisme d'hier = libéralisme d'avant-hier

Le hasard a voulu que je tombe mardi 22 mars sur un document d’une vingtaine de pages, vieux de plus de vingt ans et pourtant d’une extraordinaire actualité. Ecoutez plutôt : « Il nous faut donner un nouvel esprit aux lois. Passer de la réglementation à la régulation et déplacer les frontières de l’ordre public, c’est-à-dire exiger de la loi qu’elle fixe les principes et les règles essentielles et faire confiance aux acteurs sur le terrain pour mettre en place les procédures et les organisations adaptées. La loi ne doit pas réglementer la mise en œuvre, mais fixer les interdits et révéler les possibles.
Cette conception nouvelle du rôle de la loi doit passer par une simplification du code du travail, en freinant la production de nouveaux textes, en revisitant les textes existants pour mettre à jour les redondances ou les mesures contradictoires, en simplifiant l’empilage des textes qui s’est progressivement construit entre le code du travail, les conventions collectives, les accords de branche et les accords d’entreprise.
L’objectif serait d’arriver à un code du travail simplifié et recodifié en 50 à 100 articles maximum. Une commission spécialisée, composée de chefs d’entreprise et de juristes, pourrait être créée à cet effet.
En contrepartie, les entreprise, quelle que soit leur taille, auraient obligation de mettre en place un dialogue social et de la faire vivre sur tous les sujets relatifs à la vie de l’entreprise.
Ainsi pourrait s’engager une responsabilisation de tous les acteurs à leur niveau et l’entrée dans une société de la négociation et du contrat. »

Qui parlait ainsi en l’an de grâce 1995 ? Le jeune Macron ? Le moins jeune Valls ? Nicole Notat peut-être ? Vous n’y êtes pas. Il s’agit du Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJDE). J’ai trouvé ce texte dans l’un de leurs rapports intitulé : « Vers l’entreprise à la carte – Une entreprise flexible, économiquement performante, qui redonne à chacun une place dans l’emploi ».
Dans ce texte, tout y est : le classique rejet de l’étatisme et du bureaucratisme, la simplification du code du travail considérée comme une usine à gaz non-maîtrisable par les acteurs sociaux, la nécessité de revivifier le dialogue social au plus près du terrain et des réalités de l’entreprise.
Ah le dialogue social ! Le patronat adore ça, il le met à toutes les sauces ! Mais dans la réalité, on le sait tous, il en va différemment. Un syndicat, c’est fait pour acquiescer, pour négocier à la marge, sinon il est néfaste et il ne sert à rien !
J’ai particulièrement apprécié le passage dans lequel nos patrons modernistes parlent de la nécessaire simplification du code du travail. Rappelez-vous : « L’objectif serait d’arriver à un code du travail simplifié et recodifié en 50 à 100 articles maximum. Une commission spécialisée, composée de chefs d’entreprise et de juristes, pourrait être créée à cet effet. » N’est-ce pas merveilleux de les voir parler de dialogue social d’un côté et d’oublier de l’autre d’associer les organisations syndicales à la refonte du code du travail dont la fonction, nous disent les juristes, est de régir les relations humaines qu’engendre le travail subordonné ? Je vous laisse juge.

En découdre – Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société

Fanny Gallot, En découdre – Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société, La Découverte, 2015.

Chantelle Saint-Herblain, Moulinex Alençon. Deux usines, deux lieux, deux univers à la fois ouvrier et féminin. Ce sont dans ces espaces que l'historienne Fanny Gallot nous entraîne avec son livre, fruit d'une thèse, publié par La Découverte : En découdre – Comment les ouvrières ont révolutionné le travail et la société. Ce faisant, Fanny Gallot nous propose de découvrir l’histoire de ces militantes ouvrières ayant oeuvré dans ces usines très féminisées. Elle interroge la capacité d’agir de ces femmes et l’évolution de leurs identités de genre et de classe.

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