Le Monde comme il va

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Quelques réflexions sur le travail (première partie)

''En août dernier, on m'a demandé d'intervenir sur la question de l'évolution du travail dans le cadre d'une grande fête aussi rurale que populaire en Loire-Atlantique, initiée par des militants paysans investis dans la solidarité internationale avec le Nicaragua depuis plus de 20 ans. La "commande " étant ambitieuse et dépassant largement mes compétences, j'ai fait le choix d'aborder cette question en privilégiant quelques axes de réflexion : la maîtrise du temps et des savoir-faire, la disciplinarisation de la classe ouvrière et le rapport individu/classe. Je me suis efforcé d'être le plus clair et synthétique possible, et d'éviter tout jargon (l'important étant d'être compris d'un public très divers, et non d'étaler sa science et de flatter son ego).
Bonne lecture !''
PS : les "habitués" de ce blog constateront certainement que certains "chapitres" sont issus de textes que j'avais écrits pour Le Monde comme il va, textes accessibles sur ce blog. En vous y reportant, vous pourrez y glaner quelques références bibliographiques.


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Quelques réflexions sur le travail (deuxième partie)

Le taylorisme contre la flânerie ouvrière
Une fois le travailleur fixé dans une entreprise et mutilé de ses savoir-faire, il faut obtenir de lui le rendement maximum. Taylor fut l’un des premiers à penser scientifiquement le travail industriel. Il est né en 1856 en Pennsylvanie dans une famille puritaine qui exalte le labeur, la discipline et l’effort. C’est un élève doué, un sportif de bon niveau et un bricoleur de génie. Ne pouvant intégrer la prestigieuse université de Harvard, il travaille en usine, suit des cours du soir et devient avant ses 30 ans ingénieur en chef. De sa première expérience professionnelle (Midvale Steel Compagny), il garde une haine farouche contre ce qu’il considère comme la déviation majeure des travailleurs : le goût de la flânerie, tout ce temps qui ne sert pas à la production, tout ce temps réapproprié par l’ouvrier pour se reposer, causer et faire autre chose que ce pour quoi il est faiblement payé. Or le temps, c’est de l’argent. En 1890, il est embauché par la Bethlehem Steel Compagny, une entreprise sidérurgique qui cherche à rationaliser sa production, c’est-à-dire à maximiser ses profits. Trois ans plus tard, Taylor décide de consacrer toute son énergie à développer ses théories sur l’organisation du travail industriel. Les livres s’enchaînent, tout comme les conférences à travers le monde. Le « système Taylor » est né. On peut le résumer en quelques mots : division du travail en tâches simples et répétitives, individuellement optimisées, et paiement des employés selon leur rendement. Les patrons l’encensent, les syndicats conspuent cette organisation scientifique du travail qui transforme l’ouvrier en robot dénué de raison et d’initiative. Ce à quoi Taylor répondait que les ouvriers n’étaient pas à l’usine pour penser puisque d’autres étaient payés pour ça.

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Cou-coach panier !

Chronique n°22 (mai 2011)

En ces temps fort néolibéraux, nous sommes priés de considérer nos bras, nos jambes, notre corps, nos savoir-faire et notre intellect comme un capital à faire fructifier sur le marché de l'exploitation salariale. Il nous faut être réactif, compétitif, conquérant, polyvalent et souple de l'échine, car la courbe ascendante de son salaire a souvent un lien avec la courbe descendante exigée par le salut servile. Il nous faut consolider nos compétences, en acquérir de nouvelles, réaliser pleinement le potentiel qui est en nous, et oeuvrer évidemment à ce que nos performances ne passent pas inaperçues auprès de nos supérieurs et de nos inférieurs (oups, pardon ! Je voulais dire collaborateurs). Car il est un peu stupide de donner la pa-patte si l'on a pas l'espoir d'en retirer en retour un modeste su-sucre.

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Le travail, c'est la santé...

Emission n°2, 8 octobre 2009

Etre réactif, créatif, participatif, oser, entreprendre, se remettre en cause, travailler seul, travailler en réseau, zéro stock et zéro défaut, travailler sous tension, être toujours joignable, rationalisation, faire deux choses en même sens, faire trois choses en même temps, gérer son temps, stimulation, émulation, flux tendu, être franc, productivité, être direct, s'investir personnellement, faire siennes les valeurs de l'entreprise, profil comportemental individuel, se penser comme entrepreneur autonome, être mobile, saisir les opportunités, travailler son employabilité, reconnaître ses fautes, mettre en valeur ses savoir-faire, mettre en avant son savoir-être, individualisation, gratification, individuation, méritocratie, atomisation, se passer d'amis, se passer de collègues, se passer de confrères, se penser en concurrent, la vie est concurrence, société du risque, harcèlement, motivation, se taire, faire le dos rond, attendre, prendre sur soi, mur du silence, ne penser qu'à soi, incompréhension, s'isoler, placardisation, se faire violence, sombrer, ne vivre enfin que par la mort que l'on se donne...

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