Les temps ont bien changé, on ne danse plus guère la valse. Aujourd'hui, elle siège à Matignon, en attendant mieux.
La Valls d'aujourd'hui n'a pas de temps à perdre. Elle nous prend à la gorge et nous entraîne, tambour néolibéral battant, sur le chemin de la rédemption. Car nous avons péché, sans canne ni circonflexe, accroché à nos filets sociaux de protection, indispensables béquilles, fruits de nos luttes, des compromis d'après-guerre. Rendre supportable l'insupportable. Le vol de nos vies, de nos espoirs, de notre temps qui n'est que celui de l'argent pour ceux qui comptent, évaluent et spéculent.

La Valls d'aujourd'hui veut nous faire danser à son tempo. Droit dans ses bottes, notre chef d'orchestre préfère le gourdin à la baguette, parce que son tempo est martial, sans artifices. Il goûte peu la dissonance. La Valls d'aujourd'hui ne connaît qu'un temps : celui de l'Ordre, républicain of course, celui qui servit jadis à tuer les Communards en 1871 ou à jeter dans la Seine des dizaines de travailleurs algériens un soir d'octobre 1961. Pardonnez-moi, je m'égare.

A Sivens, aux pas cadencés, ses employés harnachés comme des robocops ont fait la chasse aux chevelus, épaulés par la fine fleur du syndicalisme agricole régional qui conjugue avec bonheur défense de l'agro-business, fascisme rural et tribalisme ethno-corporatif (on a les supplétifs qu'on mérite) ; épaulés également par ce que la République bourgeoise produit, génération après génération, de plus minable et de plus bouffi d'orgueil : le notable. Notables des villes, notables des champs qui tels les radis ne sont jamais très loin de l'assiette au beurre. Pardonnez-moi, je m'égare, l'élu local ne mérite pas autant de mépris…

A Sivens donc, l'Ordre a gagné la bataille. La jeunesse qui refuse la croissance, l'emploi, le développement et, n'en doutons pas, le socialisme moderne à la Macron, a été priée manu militari de manifester ailleurs son dégoût du vieux monde. L'Ordre a gagné la bataille : il y aura quelque chose à cet endroit-là. Quoi ? On en sait rien mais il faut qu'il y ait quelque chose, un barrage plus petit ou ne serait-ce qu'un foutu bassin à poissons rouges, pour montrer qu'un Gouvernement, de toute la hauteur de sa majuscule, ne peut être vaincu par une association de malfaisants et d'éco-terroristes.
Quelques plaies, quelques bosses et une vingtaine d'arrestations plus tard, l'ineffable Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, s'est félicité d'une « évacuation sans heurts », avant d'ajouter, of course, une de ces indémodables lapalissades que les gens de l'oligarchie répètent à l'envi : « Dans la République, le seul chemin est celui du refus de la violence. »

De quelle République parle-t-il ? Nous ne le savons pas. De la République du travail et du pain des ouvriers révoltés de 1848 ? De la république de la Justice et du pain des Communards de 1871 ? De la République du travail le dimanche et du pain de la veille, cette promesse de félicité Vallso-macronienne ? Allez savoir…

« Dans la République, le seul chemin est celui du refus de la violence ». Fort bien, Monsieur Cazeneuve, mais alors, complétez s'il vous plaît votre lapalissade par ces mots plus anciens, ces mots de Casimir Périer lancés en l'an de grâce 1831 à l'intention des canuts révoltés : « Il faut que les ouvriers sachent qu'il n'y a de remède pour eux que la patience et la résignation. »